vendredi 30 août 2013

Ces « fous de la gâchette » vont-ils déclencher une 3e guerre mondiale ? par Abdel Bari Atwan


Ces « fous de la gâchette » vont-ils déclencher une 3e guerre mondiale ? par Abdel Bari Atwan
IRIB-l’été 2003, j’ai participé à un débat à l’Ecole de droit de Hambourg.
Mon adversaire était Richard Perle, qui, en tant que président du Comité consultatif sur la politique de défense de George W. Bush, a été l’un des architectes de l’invasion de l’Irak plus tôt cette année-là. Dans une conversation privée après le débat, Perle a admis qu’au moment où l’invasion allait commencer, l’administration américaine savait que les inspecteurs de l’ONU ne trouveraient pas de preuves que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive (ADM).
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Perle a expliqué les raisons américaines : si les inspecteurs avaient rapporté une « feuille blanche » , Saddam aurait émergé comme un héros, les sanctions auraient été levées et dans un délai de quatre ans, il aurait probablement reconstruit son arsenal, avec des armes de destruction massive et tout le reste. Un prétexte émotif et humanitaire, facilement assimilable (par le public), était nécessaire pour justifier la guerre. Je crois que nous assistons à un scénario tout à fait similaire concernant la Syrie aujourd’hui.
Il est certain que des armes chimiques ont été utilisées contre des civils innocents dans la banlieue de Damas et les inspecteurs de l’ONU qui sont sur les lieux le confirmeront très certainement, mais nous ne pouvons pas être absolument certains de qui est derrière ce crime odieux, l’opposition ou le régime, voire une tierce partie. Il est probable que le régime ait commis ces atrocités, mais en 2003 le monde a pensé qu’il était probable que Saddam possède des ADM, et des membres de l’opposition irakienne avaient certifié qu’il en possédait... Maintenant, nous savons que la guerre qui a détruit l’Irak a été menée sous le prétexte d’un mensonge éprouvé et dans le but de répondre à des objectifs de politique étrangère à plus grande échelle des États-Unis. Comme en Irak , la politique à l’échelle mondiale est le facteur qui nourrit l’escalade de la crise en Syrie. Mais dans ce cas, la situation est beaucoup plus dangereuse.
Contrairement à l’Irak de Saddam Hussein, et aussi contrairement à la Libye de Mouammar Kadhafi, la Syrie ne restera pas seule dans le cas d’une attaque occidentale. La Russie qui était encore en convalescence après l’éclatement de l’URSS au moment où l’Irak a été attaqué, est à nouveau une grande puissance et elle est peut-être prête à le prouver au nom d’une ferme alliance. Rappelons que son unique base navale méditerranéenne est dans le port syrien de Tartous. Le poids lourd régional iranien se profile aussi derrière Bachar Al Assad, pour des raisons religieuses ainsi que politiques - la minorité allawite à laquelle appartient Al Assad est une émanation des Chiites. L’Irak, déchiré par des conflits sectaires mais dirigé par des chiites étroitement liés à l’Iran, sera également alignée avec Al Assad. Le Hezbollah, organisation chiite et libanaise, est déjà engagé dans la bataille en faveur du régime syrien. En face, et également à la recherche d’une domination régionale, le bloc sunnite - sous la poigne de l’Arabie saoudite, avec la Turquie et le Qatar - aimerait voir une intervention militaire déposer Al Assad. Toute autre régime à Damas serait probablement dominé par une majorité sunnite.
Sans aucun doute, l’Arabie saoudite et d’autres États arabes sunnites exercent une pression politique et financière sur l’Occident pour que celui-ci fasse le boulot.
Obama est peut-être moins fou de la gâchette que Bush, mais c’est sa crédibilité en tant que chef de file mondial qui est en jeu puisqu’il s’est lui-même piégé avec sa fameuse « ligne rouge » . S’il ne donne pas suite à ses menaces d’attaquer les forces d’Al-Assad - si l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien est prouvée - les critiques selon quoi Obama est faible, indécis et trop « à gauche » gagneront du crédit.
Si Obama prend la voie militaire, il a deux options : iI pourrait faire ce qu’a fait Bill Clinton en 1998, après qu’Al Qaida ait attaqué à la bombe les ambassades américaines à Nairobi et Dar-es- Salaam. Clinton a ordonné une série de frappes de missiles de croisière contre des cibles militaires clés (au Soudan, qui abritait Al Qaida) . Cela devrait apaiser l’indignation du public et livrer un avertissement. Ou alors Obama peut déclencher une confrontation militaire à grande échelle.
La première option est la plus probable, mais elle n’est pas sans danger. N’ayant rien à perdre , Al Assad peut déployer des armes chimiques en quantités toujours plus importantes contre ses ennemis. Le ministre adjoint de l’information de la Syrie, Halaf Al Maftah , a averti qu’une frappe occidentale se traduirait par une attaque commune contre Israël par les forces iraniennes, irakiennes et syriennes. Dans ce cas, l’Occident va inévitablement tomber dans l’engrenage en voulant prendre la défense d’Israël et Al Assad sortira de la confrontation comme un héros régional qui lutte contre l’impérialisme américain .
Tout porte à croire à une attaque imminente sur la Syrie, et la conférence de Genève2 , qui aurait pu conduire à un règlement politique, semble presque oubliée. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont tous les trois dit être prêts [à lancer la guerre] lors du sommet de lundi dernier à Amman entre leurs principaux généraux et leurs homologues saoudiens et qatari. Les trois puissances occidentales - qui ont joué un rôle clé dans la destruction de la Libye - ont massé une force navale et une force aérienne importante dans la région. La Turquie, stratégiquement bien placée, a annoncé qu’elle rejoindrait une coalition contre Al Assad, même sans mandat de l’ONU. Tout le monde au Moyen-Orient retient son souffle, attendant le premier missile - qui peut ouvrir les portes de l’enfer .
Cependant, au bord du gouffre nous devons prendre du recul.
Quelqu’un veut-il vraiment voir toute la région en proie à la violence sectaire qui a déjà détruit l’Irak ? Le monde peut-il envisager une autre conflagration mondiale ?
Ce n’est pas faire du mélodrame ou être alarmiste que de dire qu’une troisième guerre mondiale pourrait éclater en partant de Syrie. S’il y a des preuves irréfutables impliquant Al Assad dans des d’attaques chimiques, ses alliés devraient être incités à l’obliger à rendre des comptes. Les superpuissances sont alignées sur les côtés opposés de ce conflit régional, et les conditions économiques qui prévalent et qui se sont développées aux États-Unis depuis 2008, nous sont étrangement familières aussi. Des crises économiques mondiales, venues des États-Unis, ont précédé deux guerres mondiales.
Une solution régionale peut être recherchée, même à la onzième heure. Le bloc sunnite dirigé par l’Arabie saoudite, devrait reconnaître son erreur en ayant supposé qu’Al Assad serait rapidement chassé du pouvoir - comme l’ont été Zine Al Abidine Ben Ali en Tunisie, Maoumar Al Kadhafi ou Ali Abdullah Saleh au Yémen. Le bloc sunnite devrait faire tous les efforts nécessaires pour amener les deux parties à la table des négociations.
Allumer les flammes de la guerre est facile, mais il est presque impossible de les éteindre avant que tout n’ait été consommé.



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