dimanche 21 juillet 2013

Egypte : le risque de libanisation


Le 15 juin 2013, Mohamed Morsi a annoncé avoir coupé définitivement les relations avec la Syrie. L’homme qui a transformé la présidence en une branche de la confrérie des Frères musulmans a demandé à Bachar El-Assad, devant des milliers d’islamistes rassemblés dans un stade du Caire, de se plier à la volonté des djihadites.

Des religieux mobilisés par les pétrodollars n’ont pas hésité ce jour-là à appeler au djihad en Syrie. Quelques jours plus tard, le 22 juin 2013, la puissante confrérie a décidé de tourner définitivement le dos à toutes les constantes de la sécurité nationale. La décision d’armer les rebelles syriens a été prise lors de la réunion des onze « Amis de la Syrie » qui s’est tenue à Doha.

L’Armée égyptienne s’est sérieusement inquiétée de la position politique de Mohamed Morsi sur la crise syrienne. En fait, l’engagement de l’Egypte dans une guerre contre la Syrie, sous n’importe quelle bannière, entraînerait à coup sûr le déchirement de la société égyptienne pluriconfessionnelle. Le chef d’état-major, le général Abdel Fattah El-Sissi, n’a pas tardé à déclarer que les forces armées ne resteront pas silencieuses face à la spirale qui entraîne le pays dans un conflit incontrôlable.

Abdel Fattah El-Sissi a affirmé que les militaires étaient prêts à mourir pour défendre le peuple contre les terroristes et les extrémistes. L’Armée égyptienne a exhorté implicitement Mohamed Morsi de ne pas pousser l’Egypte dans le bourbier syrien et de se concentrer plutôt sur la situation socioéconomique du pays.

Le bilan du règne de Mohamed Morsi

« Les printemps arabes, c’est bon pour Israël », a déclaré Bernard-Henri Lévy. Et il n’a pas tort. Si Mohamed Morsi a fermé l’ambassade de la Syrie, un pays arabe et musulman, il a veillé plus que n’importe qui au confort des diplomates israéliens installés au Caire. En outre, le délégué des Frères musulmans à la présidence a tout fait pour légitimer une fois pour toutes les accords de Camp David. Dans une lettre adressée à Shimon Peres, Mohamed Morsi a affiché, tout fier, son amitié avec le président israélien.

On dirait que les douze derniers mois ont constitué l’une des pages les plus sombres de l’histoire de la diplomatie égyptienne. Les Frères musulmans ont rendu la diplomatie égyptienne invisible face à l’influence du minuscule Etats qatari. Désormais, l’Egypte a du mal à revenir sur la scène internationale.

Concernant la crise du Nil, le calife du Caire a été incapable de faire quoi que ce soit afin de dissuader l’Ethiopie de détourner les eaux du Nil. Au moment où la carence en eau menaçait les Egyptiens, leur président les exhortait à aller en Syrie faire le djihad.

Le bilan économique de Mohamed Morsi a été catastrophique. Selon le site économique maghrebemergent.com, l’inflation en Egypte est actuellement estimée à 15%, alors que les revenus ont enregistré une baisse de l’ordre de 11%. Quant au déficit budgétaire, il frôle les 30 milliards de dollars (équivalent de 12% du PIB).

Sous le règne de Mohamed Morsi, les conflits religieux se sont intensifiés. Les crimes commis contre les minorités religieuses sont restés impunis. L’Egypte a basculé de la tolérance religieuse au conflit de religions. En réalité, Mohamed Morsi a accumulé des erreurs fatales qui ont conduit le pays au bord du précipice.

L’union fait la force

Les Egyptiens auraient-ils pu faire autrement ? Les Frères musulmans sont accusés par leurs concitoyens d’avoir verrouillé tous les postes-clés de l’Etat. Il faut rappeler que Mohamed Morsi a refusé toute sorte de dialogue avec les démocrates qui manifestaient un mécontentement face à la politique gouvernementale qui menait le pays à la dérive. Le représentant de Dieu à la présidence a fait barrage à toutes les tentatives de changement. Résultat : plusieurs millions ont descendu dans la rue. Les médias ont parlé de la plus grande manifestation de l’histoire de l’Egypte. Face à cette situation, l’Armée, l’Institution islamique Al-Azhar et l’Eglise copte ne pouvaient rester les bras croisés.

L’Egypte n’est pas une planète isolée. Il faut garder à l’esprit que la fragilisation des voisins limitrophes d’Israël servirait sans doute les intérêts stratégiques des sionistes et des promoteurs du nouveau Moyen-Orient. Jusqu’à présent, les Égyptiens ont pu déjouer plusieurs stratagèmes qui auraient pu diviser le pays. Après s’être opposée à la privatisation du Canal de Suez qui devait être vendu au Qatar, l’Armée a fermement combattu les djihadistes financés par Doha qui s’activaient avec frénésie pour l’autonomie de la région du Canal.

Les Égyptiens sont restés éveillés, les nationalistes ont parfaitement compris que l’engagement de l’Egypte dans une guerre contre la Syrie transformerait le pays en un foyer pour les djihadistes. L’Egypte ne peut constituer le fer de lance d’une guerre contre la Syrie, autrement elle risque une libanisation à court terme. Mais le risque de partition plane toujours sur la terre des pyramides.

Certains islamistes sont susceptibles de former des groupes de séparatistes et ce n’est pas les prétextes qui manquent. Ils peuvent facilement brandir des slogans du genre : « C’est le prix de la préservation de la légitimité » ou « La liberté est plus importante que la vie ». Les mondialistes sont prêts à financer sans retenue ces groupes séparatistes. Les Égyptiens doivent donc plus que jamais être éveillés afin de préserver l’unité de leur pays. Dans ce contexte, l’Armée, le gouvernement et le peuple doivent être unis pour que l’Egypte reste fièrement debout.
Source : http://www.egaliteetreconciliation.fr/Egypte-le-risque-de-libanisation-19187.html

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