jeudi 4 juillet 2013

Des plans occidentaux et israéliens sur la Syrie voués à l’échec


De toutes les guerres, l’histoire retient que ce sont toujours les causes justes qui ont fini par triompher. Des peuples qui ont subi l’opprobre, la déconsidération et l’avilissement et cela depuis la nuit des temps. Si la victoire est donné à une cause injuste, il restera que la victoire, quelle qu’elle soit la durée, n’est donnée que momentanément en attendant que la cause juste se raffermit et reprend le chemin de la victoire.
Toutes les guerres en ont été ainsi, et que c’est grâce à la cause juste que les peuples aujourd’hui sont ce qu’ils sont, des pays souverains, évoluant de concert avec les autres nations et ayant pour principal souci la paix et le développement.
Or que se passe-t-il en Syrie ?
Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et les pétromonarchies arabes sont en train d’attiser le feu en Syrie. Quant à leurs peuples, malgré le matraquage médiatique permanent ou la soi-disant démocratie à exporter (comme si la démocratie s’exporte), ils ne sont pas dupes, ils n’ont rien à « tirer » d’une guerre civile en Syrie ou ailleurs. Les problèmes économiques et sociaux leur suffisent. De plus, voir un peuple en l’occurrence aujourd’hui le peuple syrien, disloqué, martyrisé, les révulse. Et ces peuples européens savent que ce sont leurs gouvernements qui poussent aux meurtres. A doter, à financer les rebelles islamistes venus de toutes les régions du monde pour une vague cause de libération.
Pourquoi l’Occident pousse-t-il aujourd’hui à la guerre ? Pourquoi n’ont-ils pas sauvé le peuple syrien du régime alaouite minoritaire, et par-dessus chiite, il représente 13% alors que les sunnites représentent 83%, les décennies passées ? Le président Bachar El Assad a même été invité, encensé en Europe ? Aujourd’hui, il est traité de sanguinaire. Pourquoi ce changement brusque avec le printemps arabe ? Evidemment, les enjeux d’aujourd’hui ne sont pas les enjeux d’hier, la conjoncture d’aujourd’hui est certainement critique pour l’Occident.
1. La « triomphe de la cause juste sur la cause injuste » dans la guerre

 Depuis la nuit des temps, depuis l’avènement de l’homme sur terre, la Cause de l’homme a été de tout temps balancée et contrebalancée par deux idées, le bien et le mal, deux faces d’une même médaille. L’une ne peut exister sans l’autre. Pourquoi le mal ? Et la même question se pose, pourquoi la « Cause injuste » ? D’emblée, on peut apporter cette réponse : « N’est-ce pas elle qui, à travers son libre-arbitre, l’homme choisit irrésistiblement voire même instinctivement son contraire, i.e. un « inné » qui participe de son essence à son être, qui prouve à la fois son existence et surtout sa raison d’être dans cette dualité du bien et du mal, de cause juste et injuste. » Les manichéens disent que le bien et le mal habitent chaque homme.
 Si on enlevait le mal, ou par extension la « Cause injuste », la vie ne serait simplement pas la vie. Le sens même de la vie disparaitrait. Les Religions n’auraient plus raison d’exister. Même la mort n’aurait plus de sens. C’est précisément ce mal, la « Cause injuste » à travers la lutte vers le bien, vers la « Cause juste » qui donne sens à l’humanité. Qui lui constitue à travers elle une lutte, un combat jamais arrêté par lequel l’humanité se sent vivre et se garantit l’« essence » même de son existence. Le monde moral, la religiosité humaine dépend avant tout de cette dualité nécessaire, « deux faces d’une même médaille ». Et l’humanité intrinsèquement est cette « médaille », un « milieu entre le bien et le mal », un « milieu entre la cause juste et injuste ». L’homme n’y peut rien, c’est le tribut à payer pour son existence. Et cela se traduit par toutes sortes de maux, et entre autres les guerres.
 Le « libre-arbitre » n’est pas seulement le choix de s’affirmer entre les deux, i.e. de distinguer une cause absolue du bien d’une cause absolue du mal, mais de combattre en lui-même, en-soi, les forces du mal qui l’assaillent, pour échapper à ce mélange explosif du mal et du bien qui est ce par quoi il est, ou tout court sa destinée. Pour comprendre, prenons, par exemple, les guerres qui sont des cas extrêmes du mal, et donc de la cause injuste. La guerre du Vietnam qui a vu la plus grande défaite de l’histoire de la superpuissance mondiale face à un peuple chétif, écrasée par la puissance adverse, mais pourtant très combatif, transportant des pièces de mortier, de canon (que lui fournissent les pays amis) sur son dos, dans la forêt. Un peuple qui ne mangeait pas à sa faim, un courage exemplaire, un sacrifice ultime, disposant moins d’armement, mais convaincu de sa cause, a mis en échec la première armée du monde, et obligé les États-Unis d’évacuer son territoire. C’est un exemple de victoire de la cause juste sur la cause injuste, ou encore les « forces du bien contre les forces du mal ».
  En Afghanistan, la même situation a prévalu. Des musulmans qui ne mangeaient pas à leur faim, aidés eux aussi par des puissances amies, très combatifs parce qu’ils étaient animés par cette foi de vaincre, ont eu raison de la deuxième armée du monde, l’armée rouge de l’URSS. En Algérie, même processus dans la guerre de libération (1954-1962), la «cause juste a prévalu sur la cause injuste».
Dans les années 1990, malgré la dispersion tactique des forces terroristes islamiques et la durée du conflit, les forces armées algériennes épaulées du peuple ont eu raison du terrorisme islamiste. Là encore, la « cause juste a prévalu sur la cause injuste ».
Aucun système politique dans le monde n’est parfait. Ni la corruption, ni autre tare ne peut justifier un terrorisme contre son propre peuple. Il restera toujours la cause juste pour trancher sur la cause injuste.
 La guerre en Irak, encore plus récente, a tranché avec tous les autres guerres, y compris celle du Vietnam. Un peuple sous dictature ; les Américains ont détruit 80% de l’armée irakienne ; l’embargo et des raids anglo-américains périodiques ont duré douze longues années ; le désarmement de tous les moyens balistiques a été opéré par l’UNSCOM (ONU) ; un pays qui n’a ni URSS ni Chine derrière lui comme ce fut pour le Vietnam ou la Corée du Nord. Cet affaiblissement extrême de l’Irak a entraîné une courte guerre (environ un mois), sans réels combats, suivie d’une occupation par les forces américaines et la fin de l’Etat irakien. Un gouvernement irakien nommé par la puissance occupante, l’Irak est revenu 2000 ans en arrière, au temps de Ponce Pilate, de l’empire de Rome.
 Puis le miracle. L’Irak considéré comme mort, l’URSS a cessé d’exister, la Chine reconvertie à l’économie de marché, aucune issue pour le peuple irakien ! Et même les autres régimes arabes qui, apeurés, ont commencé à courber le dos pour se montrer « agréable » à la première puissance du monde, devenue par la rhétorique guerrière, menaçante.
Nombre d’Etats arabes sont allés en Chine quémander une virtuelle protection. Comme si la Chine pouvait la leur fournir. L’« impensable arrive », le peuple irakien, libéré de la peur à la fois de la dictature et de l’agression de l’Amérique, a puisé des forces en lui comme ce qui fut pour les Vietnamiens, les Algériens et les Afghans, pour mener un combat sans merci aux forces américaines, obligeant les hauts responsables américains à se « bunkariser » dans la zone verte. La route qui mène de l’aéroport de Bagdad à la zone verte a été surnommée la « route des RPG-7 ». La Syrie et l’Iran ont certes aidé l’Irak, ce qui entre dans leurs droits légitimes. Les États-Unis n’ont-ils pas utilisé un prétexte d’un incident en mer pour, en déclarant la guerre à l’Allemagne nazie, venir en aide aux puissances européennes alliés. N’ont-ils pas aussi formé, armé et financé Israël (qui a spolié les terres palestiniennes) contre le monde arabe ?
 Précisément ce prodige du peuple irakien, un exemple fort du «triomphe de la cause juste sur la cause injuste », des « forces du bien sur les forces du mal » doit faire penser les grandes puissances. Paradoxalement, ils ne les font pas penser parce que la « cause juste » est un, et les priorités de la « cause injuste » une autre. Comme d’ailleurs, la spoliation des terres par les sionistes s’est transformé en Etat est une cause injuste, ce qui, par son existence, sa réalité, et aujourd’hui avec l’acceptation du fait accompli et la nouvelle politique arabe « la paix contre la terre », va au-delà des « causes justes et des causes injustes ». L’Etat d’Israël est devenu une «Nécessité historique», ce qui veut dire qu’il ne relève plus des peuples mais de l’« Essence ». Et on ne peut demander à l’« Essence » pourquoi le monde est.
2. La Syrie, objet d’une machination occidentale
 
 Pourquoi durant toutes ces guerres, les puissances occidentales font bon ménage avec la cause injuste ? Ce qui veut dire que les Américains comme les Européens, face à des « priorités », prennent la cause injuste pour la cause juste parce que des « priorités » les dictent. Les Américains, en envahissant l’Irak, ont pensé que leur guerre contre l’Irak s’inscrivait comme une cause juste. Ils en ont même appelé à l’Eglise, à Dieu (Bush à l’Eglise). Ils étaient convaincus que leur cause était juste malgré le prétexte fallacieux des « armes de destruction massive » qu’ils ont évoquées pour justifier le déclenchement des hostilités, qu’ils ont ensuite reconnues faux quand la défaite des forces américaines se précisait.
 Précisément, aujourd’hui le même phénomène prévaut. Leur fuite en avant contre la Syrie relève des mêmes considérations que celles qui ont prévalu pour l’Irak. Sauf que cette fois-ci, échaudée par la débâcle américaine en Irak, la puissance américaine rejointe par les puissances européennes et les pétromonarchies arabes préfèrent que le « travail » soit exécuté par des groupes autochtones ou puisés des pays arabes voisins. Cette fuite en avant, cependant, ne concerne pas tous les pays européens, nombre d’entre eux tentent d’éviter d’être entraînés dans la tragédie syrienne.
 Ceci étant, qu’en est-il de cette priorité qui fait passer la « cause injuste » pour une « cause juste » ?
Pour comprendre, il faut se dire que les guerres relèvent de considérations géostratégiques et géoéconomiques graves pour les puissances. Souvent des événements urgents, peu palpables pour un profane, montrent que le primat de la politique défensive pour une cause donnée ne s’exerce pas sur la guerre mais dans la guerre elle-même, à travers le primat de la défense des enjeux hautement stratégiques. Et où la cause juste et la cause injuste s’entremêlent, chaque puissance qui craint pour sa position s’estime lutter pour la «Cause juste».
L’URSS ne s’est-elle pas crue dans la cause juste, en envahissant l’Afghanistan. Et ce sont ces enjeux et les guerres qui ont suivi dans la « fausse cause » qui ont fait reculer ou disparaître un pays ou des pays du jour au lendemain de l’ordre de puissance. L’URSS en cessant brusquement d’exister n’a-t-elle pas laissé une Russie amputée de son empire ? La fin de l’Allemagne nazie n’a-t-elle pas laissée un pays divisé en deux, puis un pays unifié mais dépendant pour sa sécurité des grandes puissances. Ces évolutions sont tout à fait naturelles, chaque puissance a un rôle dans l’histoire. L’URSS a terminé son histoire en 1991 en tant que contrepoids à l’impérialisme américain. L’Allemagne nazie a terminé son histoire en 1945, en disloquant les empires coloniaux pour que renaissent les pays du tiers monde. Mais dans ces évolutions, ni l’Allemagne nazie ni l’URSS n’ont visé ces effets inattendus, ce qui nous fait dire que ces ex-puissances ont été instrumentalisées par l’Histoire. Aujourd’hui la Russie a une nouvelle histoire et il faut dire qu’elle la mène admirablement comme d’ailleurs la Chine, dans cette nouvelle distribution des rôles de puissances.
  Aujourd’hui la tragédie en Syrie s’inscrit, comme au Vietnam, en Irak…, dans une nouvelle machination subversive menée par l’Occident et les pays arabes alliés. Aussi peut-on dire que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

3. Des plans occidentaux contre la Syrie voués à l’échec

 Des enjeux considérables qui ont été développés dans des articles précédents opposent aujourd’hui les grandes puissances. Le processus en cours montre pour les puissances monétaires et les pétromonarchies arabes le danger de voir les politiques monétaires n’influençant plus les cours pétroliers et les matières premières. Un «flottement pur» régirait à la fois les monnaies internationales et les prix du pétrole, des matières premières et des produits de base agricoles, au seul jeu de l’offre et la demande sur les marchés, contrairement au « flottement impur » aujourd’hui des actifs qui subissent en permanence les interventions des Banques centrales des quatre zones (dollar, euro, livre sterling, yen).
Précisément, l’arc chiite avec, en tête de file, l’Iran et ses exportations pétrolières libellées en yuan, en troc ou en monnaie autre que le dollar et l’euro mettent en danger dans un horizon relativement proche les grandes puissances monétaires.
 La crise mondiale et les difficultés auquel fait face l’Occident pour sortir de la crise désignent le régime politique syrien comme le maillon faible à abattre pour ensuite annihiler l’Iran qui fait pièce au système monétaire international dominé par l’Occident. Evidemment les États-Unis, qui ont été sérieusement secoués par l’Irak et par l’Afghanistan, ont compris qu’il n’était plus question d‘envoyer en terre musulmane des troupes. Aussi doivent-ils s’employer à trouver des alliés régionaux susceptibles de fournir les forces notamment sur le terrain. On comprend mieux alors ce déploiement de mercenaires arabes, de djihadistes qui peut-être croient lutter pour la noble cause, mais en fait ne sont qu’instrumentalisés par les grands banquiers du monde, via leurs gouvernements respectifs et leurs services de sécurité.
 Mais les États-Unis, la France, l’Angleterre et Israël peuvent-ils croire qu’ils atteindront leurs buts ? N’oublient-ils pas les leçons de l’Histoire ?
Combien même ils ont entraîné, en mai 2013, les autres pays d’Europe, réticents à leur politique agressive, à lever l’embargo sur les armes pour les rebelles syriens, cette décision ne changera rien au rapport des forces. Pour cause, deux années sont passés, et le conflit armé piétine toujours. Plus encore, malgré qu’une partie de la Syrie soit détruite, les ardeurs à la guerre n’ont pas diminué pour les deux camps. En ce qui concerne l’Irak, la situation n’est guère meilleure. Un premier ministre Nouri El-Malik arc bouté sur la population chiite majoritaire sur le plan démographique se complaît dans cette nouvelle posture et tente de «domestiquer» une minorité sunnite qui a longtemps dirigé l’Irak. Ce qui nous fait dire que l’Irak, après l’occupation américaine, vit lui aussi une nouvelle phase de son Histoire. Les guerres confessionnelles qui se jouent, aujourd’hui, entre les chiites et les sunnites, bien qu’ourdies par les complots extérieurs, n’éludent pas le vrai problème entre les parties, le « partage équitable de la rente pétrolière ».
 Cependant, dans cet arc chiite, la Syrie paraît le pays le plus fragile, vu l’alliance scellée entre l’Occident, Israël, les pétromonarchies et les nouveaux régimes islamistes arabes. Mais l’est-elle réellement ? Dans cette guerre subversive contre la Syrie, les Occidentaux oublient que la minorité alaouite, vilipendée aujourd’hui, et qui a dirigé longtemps la Syrie et la dirige encore, a tenu la dragée haute à Israël et aux puissances occidentales pendant trente ans. Il était le seul pays à tenir au plus fort de la guerre au Liban. Une des guerres civiles les plus meurtrières au monde qui a duré quinze longues années. Israël avec toute sa puissance militaire n’a pas tenu trois ans dans le bourbier libanais (juin 1982- début 1985). Depuis le milieu des années 1970, la Syrie a joué un rôle central dans l’équilibre géostratégique au Moyen-Orient. Elle a servi de contrepoids à la puissance israélienne, sauvant ainsi les autres peuples arabes du diktat américano-israélien. Sans la Syrie, sans sa présence militaire au Liban pendant plus d’un quart de siècle, Israël aurait procédé à une « épuration » du Liban et transféré les Palestiniens en Jordanie. Et probablement annexé d’autres territoires arabes. Le Hezbollah n’aurait pas existé, et un autre plan, à l’instar des accords Sykes-Picot, en 1916, qui a donné naissance aux micro-pétromonarchies pétrolières du Golfe, aurait de nouveau reconfiguré le monde arabe. Or, au lieu de la reconnaissance, la majorité de la ligue des 22 pays arabes se sont ligués contre la Syrie.
 Ceci étant, les États-Unis, l’Angleterre, la France et Israël peuvent-ils penser sérieusement que si trente ans durant ils n’en sont pas venus à bout, ils le seront aujourd’hui ? Deux années de guerre civile face à un pays qui a été depuis la défection de l’Egypte, après 1973, le principal opposant à l’Etat hébreu. De plus, « une agression doublée d’une instrumentalisation d’une partie du peuple contre l’autre partie du peuple, en vue d’éliminer un premier obstacle pour dominer les gisements de pétrole du Moyen-Orient, est par essence une cause injuste ». Par conséquent, les plans américains, européens, israéliens et des pétromonarchies arabes, ne peuvent qu’être voués à l’échec.
L’histoire retient que ce sont toujours les « causes justes » qui ont fini par triompher sur les « causes injustes ». Et la Syrie ne peut faire exception.

Source : Agoravox
Medjdoub Hamed
Chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective.
www.sens-du-monde.com

Source: http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=18&frid=18&eid=118019

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