vendredi 28 juin 2013

Syrie : Mechaal est tombé dans le piège du sectarisme, par Abdel Bari Atwan


 Syrie : Mechaal est tombé dans le piège du sectarisme, par Abdel Bari Atwan
IRIB-Le basculement de Khalid Mesha’al, le dirigeant du Hamas,
dans le camp sunnite, non seulement coupe le mouvement de ce qui était ses sources de financement et d’armement depuis 20 ans, mais place aussi le groupe dans une situation des plus inconfortables puisqu’il se retrouve dans le même camp que les États-Unis, écrit Abdel Bari Atwan.
Le Hamas se retrouve de plus en plus divisé sur la question syrienne, ce qui conduit certains de ses dirigeants à s’interroger pour savoir si l’organisation peut continuer, dans son état actuel de division, à remplir la fonction pour laquelle elle a été créée, c’est-à-dire résister à l’occupation israélienne de la Palestine.
Ayant bénéficié de l’appui financier et matériel de la Syrie - comme de l’Iran et du Hezbollah - pendant au moins 20 ans, Khalid Mesha’al a prématurément quitté le navire quand il a retiré de Damas le bureau politique du groupe en janvier 2012 et qu’il a déménagé à Doha. Depuis, le Qatar joue un rôle phare dans le soi-disant « Axe modéré », et il est l’un des principaux financiers de l’opposition syrienne. Le mouvement du Hamas a clairement fait un renversement d’alliance.
Mesha’al, qui a été réélu pour un cinquième mandat à la tête du bureau politique du Hamas en avril dernier, a fait un mauvais calcul en supposant que le président syrien Bachar Al Assad serait renversé aussi rapidement que ses homologues en Tunisie, en Égypte et en Libye. Il s’est aussi aliéné « l’Axe de résistance » avec ses anciens alliés, l’Iran et le Hezbollah.
Les questions sérieuses sont apparues après la bataille de Qusayr plus tôt ce mois-ci, dans laquelle les forces de l’opposition ont été défaites par l’armée syrienne, aidée en cela par les combattants du Hezbollah. Dans les ruines de cette malheureuse ville, les hommes du Hezbollah ont découvert que l’opposition avait été en possession de mines que le Hezbollah avait lui-même fournies au Hamas.
En outre, les rebelles (un mélange de groupes djihadistes et de combattants de l’Armée syrienne libre) avaient creusé de vastes systèmes de tunnels sous Qusayr en utilisant le savoir-faire technique que le Hamas avait auparavant acquis auprès du Hezbollah. Les implications étaient évidentes, et le Hezbollah a accusé le Hamas d’offrir un soutien matériel aux rebelles, devenant de ce fait indirectement responsable de la mort d’un grand nombre de combattants du Hezbollah.
Comme l’aspect sectaire de la guerre civile syrienne s’est intensifié et étendu au-delà des frontières de la Syrie, il est logique que le Hamas, sunnite, se sentirait mal à l’aise de rester aux côtés du régime chiite (alaouite), soutenu par l’Iran et le Hezbollah chiites. Et c’est la logique suivie par Mesha’al.
Il y a deux jours, Mesha’al a encore durci sa position à l’égard de la Syrie et lors d’une visite en Égypte, il s’est ouvertement opposé au Hezbollah, l’exhortant à quitter la Syrie et à se concentrer plutôt sur la résistance contre Israël - des conseils que des secteurs plus radicaux dans le Hamas voudraient bien voir appliqués par Mesha’al lui-même.
L’aile militaire du Hamas - les Brigades Izz ad-Din Al Qassam - et un autre secteur dirigé par Mahmoud Al Zahar, ont été prompts à souligner que les pays arabes « modérés » ont peu fait pour aider la cause palestinienne, alors que le Hezbollah a de tout temps été un allié important, non seulement en résistant lui-même à Israël, mais aussi en formant les combattants du Hamas et en faisant entrer des armes dans Gaza depuis l’Iran (et auparavant, depuis la Syrie) via le Soudan.
Le basculement dans le camp sunnite de Khalid Mesha’al, le dirigeant du Hamas, non seulement coupe le mouvement de ce qui était ses sources de financement et d’armement depuis 20 ans, mais place le groupe dans une situation des plus inconfortables puisqu’il se retrouve dans le même camp que les États-Unis.
Paradoxalement, le Fatah, le rival du Hamas dirigé par l’ex-président de l’Autorité nationale palestinienne, Mahmoud Abbas, est aussi dans le camp dirigé par les États-Unis. Le Fatah n’hésitera pas à tirer un profit politique des luttes internes du Hamas et de l’apparent discrédit de sa direction.
Ce n’est pas un hasard si Mesha’al a lancé ses critiques les plus féroces à l’égard du Hezbollah lors de sa récente visite au Caire, le Hamas étant à l’origine une émanation des Frères musulmans. Lorsque j’ai rencontré le président égyptien Mohammad Mursi il y a deux semaines, il était encore très mesurée à propos de la Syrie et en faveur d’une solution négociée.
Mais cette semaine, Mursi a effectué un demi-tour spectaculaire, en annonçant son soutien à une fatwa - émise par un groupe de savants sunnites, dirigée par Youssouf Al Qaradawi - appelant au jihad contre Al Assad.
Mesha’al était au Caire lorsque Mursi a le 15 juin, rompu toute relation diplomatique avec le régime d’Al-Assad et appelé le Hezbollah à se retirer de Syrie. Le lendemain, Mesha’al lui emboîtait le pas, accusant paradoxalement le Hezbollah d’inciter au sectarisme, mettant ainsi fin à la relation privilégiée entre le Hamas et l’alliance chiite.
Cela pourrait bien être une autre erreur de calcul. L’emprise des Frères musulmans au pouvoir en Égypte est fragile, des millions de personnes étant attendues dans la marche contre Mursi, le 30 Juin, date du premier anniversaire de sa présidence. Mais le passage de Rafah dans la bande de Gaza est contrôlé par l’armée égyptienne et les services de sécurité qui le tiennent donc en leur pouvoir, pouvant à tout moment étouffer le Hamas.
En outre, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont ouvertement hostiles aux Frères musulmans. Si Mursi tombe, le Hamas risque un isolement presque total, le Qatar étant le seul allié qui lui restera.
Contrairement à l’approche de Mesha’al, le leader du Jihad islamique palestinien, Ramadan Abdullah Mohammad Shallah (qui a également son siège à Damas), a quitté la Syrie sans fanfare et a discrètement maintenu des contacts avec l’Iran et le Hezbollah, se déplaçant librement entre Doha, Le Caire et Téhéran.
Mesha’al, selon ses détracteurs, aurait pu procéder de même sans se laisser impliquer dans la politique arabe et le sectarisme au détriment des intérêts du Hamas.
En effet, il y a eu ici une véritable occasion manquée. Au lieu d’approfondir le fossé sectaire, le Hamas aurait pu tenter de le combler il, en rappelant à tous les musulmans, sunnites et chiites, que la justice et la liberté pour la Palestine sont des objectifs que nous partageons tous.


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