lundi 17 juin 2013

Morsi rompt les relations avec Damas, fustige le Hezbollah


Le président égyptien Mohamed Morsi a annoncé samedi soir avoir coupé "définitivement" les relations avec le régime en place en Syrie.
   L'Egypte "a décidé aujourd'hui de rompre définitivement les relations avec le régime syrien actuel, de fermer l'ambassade du régime actuel en Egypte et de rappeler son chargé d'affaires" à Damas, a déclaré le chef d'Etat devant des milliers d'islamistes rassemblés dans un stade du Caire pour une conférence de "Soutien à la Syrie".
“Nous sommes avec le peuple syrien et contre son président qui tue les enfants, les vieillards et viole les femmes… le peuple syrien nous appelle et nous lui disons que nous sommes prêts à venir sauver la Syrie. Nous ne pouvons dormir avant de voir les Syriens libres mettre en place leur Etat uni sur tout le territoire syrien », a-t-il lancé.
Tout en rappelant que la politique de son pays est de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays, Morsi a dit soutenir les choix des peuples. « Quand les Syriens demandent notre aide, nous ne devons pas les abandonner… nous sommes contre le régime actuel qui a commis ce grand nombre de massacres et nous sommes pour la préservation de l’intégrité territoriale de la Syrie ».
Exhortant la communauté internationale à mettre en place "une zone d'exclusion aérienne" au-dessus de la Syrie, le président issu de la confrérie des Frères musulmans a en outre affirmé que son pays avait "entamé des contacts avec des Etats arabes et musulmans afin d'organiser une réunion d'urgence de soutien" au peuple syrien.
Morsi a dénoncé l'intervention du Hezbollah en Syrie, dont la participation a récemment été déterminante pour les troupes syriennes, face aux rebelles.
« Le peuple égyptien a soutenu le Hezbollah lors de la guerre de juillet 2006 mais aujourd’hui il se tient contre lui pour sa participation à l’offensive en Syrie ».
Jeudi, des oulémas sunnites de plusieurs pays arabes, dont l'Egypte, ont appelé à mener le jihad en Syrie à l’issue d’un congrès tenu au Caire.
Les médias israéliens, tels que le Maariv, la deuxième et la dixième chaine de télévision israélienne ont salué la position de Morsi, qui reflète la même position de l'opinion publique israélienne, selon le journal Maariv, et qualifiant son discours d'un coup dur à Bachar elAssad.
Damas accuse Le Caire d'acte "irresponsable" après la rupture des relations
  
L’administration syrienne a accusé dimanche Le Caire d'acte "irresponsable", au lendemain de l'annonce par le président égyptien Mohamed Morsi d'une rupture "définitive" des relations avec Damas.
"La République arabe syrienne condamne la position irresponsable de Morsi (...) qui s'est joint à la clique des comploteurs menée par les Etats-Unis et Israël contre la Syrie", a indiqué un responsable syrien cité par l'agence officielle Sana.
La décision de Morsi "ne reflète pas la volonté du peuple égyptien frère, uni au peuple syrien par des relations solides, a assuré le responsable syrien ayant requis l'anonymat.
"L'appel par Morsi à une intervention étrangère en Syrie et à une zone d'exclusion aérienne est une violation de la souveraineté et de l'intégrité des territoires de la région au service d'Israël, des Etats-Unis et de leurs agents", a réagi le responsable syrien.
Morsi veut séduire les occidentaux, et son opinion intérieure
Avec ces nouvelles décisions, Morsi cherche manifestement à donner de nouveaux gages aux pays du camp opposé au régime syrien.
"Le pouvoir de Morsi a adopté la position américaine dans le conflit en Syrie et tente de plaire à Washington en l'aidant au Proche-Orient", affirme Imane Ragab, du Centre al-Ahram d'études stratégiques et politiques. "Il espère qu'ainsi les Américains fermeront les yeux sur la manière dont le régime pourrait faire face" aux grandes manifestations de l'opposition attendues le 30 juin pour le premier anniversaire de son élection, assure-t-elle.
Ces déclarations rangent également l'Egypte encore plus fermement au côté des pays arabes les plus opposés à Damas, en particulier le Qatar, très proche du pouvoir de Morsi à qui il apporte un soutien financier décisif pour faire face à une sévère crise économique.
Mais avec ces prises de positions, il entend aussi regagner du terrain sur la scène intérieure, où une pétition lancée il y a quelques semaines réclamant sa démission aurait déjà, selon la presse, recueilli 15 millions de signatures.
"Les décisions de Morsi sont liées à la situation intérieure, afin de détourner l'attention" de la crise économique et des tensions politiques internes, affirme Mohammed el-Orabi, diplomate et ex-ministre des Affaires étrangères durant la transition qui a suivi la chute de Hosni Moubarak en 2011.
   "Le président cherche à attirer l'attention sur des questions extérieures pour s'assurer un soutien populaire", estime lui aussi Amine Chalabi, du Conseil égyptien pour les relations extérieures. Toutefois, "la crise intérieure est si profonde qu'aucune question externe ne peut l'éclipser", estime-t-il.
 Morsi a d'ailleurs saisi l'occasion de son discours sur la Syrie pour évoquer la situation intérieure égyptienne, et affirmer qu'il agirait "avec détermination" contre ceux "qui veulent pousser le pays dans une spirale de violences et de chaos".
Le président égyptien pourrait chercher notamment à séduire l'importante partie de la population attirée par le discours des salafistes, tenants d'un islam sunnite rigoriste et détracteurs virulents du régime de Damas.


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