mercredi 5 juin 2013

Les ingérences turques irritent Alger!, par Brahim Takheroubt


Les ingérences turques irritent Alger!, par Brahim Takheroubt
IRIB-A Alger, M.Erdogan serait poliment apostrophé sur les incursions et les intentions expansionnistes de la Turquie dans le Monde arabe.
Accompagné d'une forte délégation d'hommes d'affaires, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, est arrivé hier à Alger.
Ce déplacement, tel que présenté par les rares informations qui filtrent de l'ambassade de Turquie à Alger, porte une coloration économique. «Cette visite s'inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale et traduit la volonté des deux pays de hisser le dialogue politique et les relations économiques au plus haut niveau» note l'agence APS, soulignant que les deux parties «se pencheront également sur l'évaluation des projets en cours et examineront les voies et moyens de renforcer, promouvoir et diversifier la coopération bilatérale dans divers domaines d'activité» avant d'annoncer la tenue d'un forum des hommes d'affaires algéro-turc auquel prendront part plus de 200 entreprises turques. Un forum qui permettra aux opérateurs des deux pays d'identifier les partenariats à conclure dans divers secteurs économiques.
Le Premier ministre turc se rendra ensuite à Oran pour l'inauguration officielle de l'aciérie de Bethioua, fruit d'un investissement du groupe turc Tosyali. Le complexe est spécialisé dans la production de rond à béton à partir des déchets ferreux, destinés à divers domaines industriels et de construction, en utilisant l'énergie électrique.
Cette aciérie représente le plus important investissement turc à l'étranger, selon l'ambassade de Turquie en Algérie. L'aciérie, qui s'apprête à rentrer en phase de production, est un grand investissement à la dynamique de développement enclenchée dans la région Ouest, à l'instar des autres régions du pays, notamment concernant l'important programme d'habitat qui nécessite des matériaux de construction dont l'acier.
Les hommes d'affaires turcs prospecteront également dans le secteur du textile et de la confession. Le bâtiment constitue un autre marché des plus attractifs dans le Bassin méditerranéen. En pleine expansion, le secteur du bâtiment attire toute les convoitises en Algérie où doivent être construits près de deux millions de logements dans les quelques années à venir. Mais les Turcs doivent faire face à une rude concurrence des entreprises espagnoles, françaises, portugaises et surtout chinoises. Sans compter les secteurs de l'agroalimentaire et de l'agriculture, de l'automobile, des produits chimiques, des machines et équipements qui intéressent également l'armada des hommes d'affaires qui ont accompagné M.Erdogan. Mais il n'y a pas que l'économie.
A Alger, le Premier ministre turc avait le visage doublement crispé. La désorganisation politique qui règne dans son pays, le diminue grandement dans son rôle de leadership dans le Monde arabe. Elle l'empêche d'exhiber ce modèle turc qui «islamise» la démocratie pendant que des émeutes éclatent à Taksim, pendant que les forces de l'ordre répriment les manifestants avec une violence inouïe. Mais ce ne sont que des problèmes internes.
A Alger, M.Erdogan sera poliment apostrophé sur les incursions et les intentions expansionnistes de la Turquie dans le Monde arabe. De l'affaiblissement de l'Égypte, la disparition du rôle de l'Irak et la dislocation de la Syrie, Ankara y a trouvé un grand boulevard pour marquer un retour sur la scène moyen-orientale. M Erdogan l'a fait en Tunisie quand il a publiquement prêté main forte au parti islamiste d'Ennahda. A un mois des élections législatives, M.Erdogan a débarqué à Tunis et a lancé un message rassurant en direction de l'opinion internationale, du genre: «Ne craignez pas Ennahda.» En Libye, la Turquie a appuyé les forces de l'Otan pour déloger le colonel El Gueddafi et, en Syrie, elle ne se cache pas de revendiquer le départ de Bachar Al Assad et de soutenir l'opposition. Ces immixtions très mal appréciées à Alger, donnent l'impression que le Premier ministre et son parti, l'AKP, veulent redonner à la Turquie son lustre d'antan de l'Empire ottoman.
La Turquie, qui a longtemps fasciné les musulmans sunnites, a voulu jouer le rôle d'une digue contre un chiisme iranien menaçant et surfer sur la vague d'une islamisation light soutenue par les Américains. Forte de ces appuis, la Turquie multiplie ses ingérences qui irritent Alger.


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