vendredi 7 juin 2013

Le Hezbollah combat en Syrie, ses ennemis l’y ont précédé


Des voix s'élèvent au Liban et ailleurs pour «condamner l'implication du Hezbollah dans le conflit syrien». Mais ceux qui critiquent, aujourd'hui, la participation de la Résistance aux combats dans des régions bien déterminées en Syrie, ont fermé les yeux pendant deux ans devant l'implication de Libanais et d'extrémistes du monde entier dans la guerre. 

La crise syrienne a éclaté en mars 2011, c'est-à-dire il y a 27 mois. Les deux premières années, le Hezbollah a appelé -et appelle toujours- à une solution pacifique. Le secrétaire général du parti, sayed Hassan Nasrallah, a exhorté à plusieurs reprises les protagonistes à ne pas avoir recours aux armes et à s'asseoir autour de la table du dialogue. Il y a près de trois mois, le Hezbollah a changé d'attitude et a annoncé sa participation aux combats dans certaines régions. 

Ce changement d'attitude est dû à plusieurs facteurs. Alors que le Hezbollah prônait le dialogue inter-syrien et appelait les Libanais à confiner leur divergences sur la Syrie à la sphère politique, des partis du 14-Mars étaient impliqués dans la crise syrienne. Voici quelques preuves irréfutables de cette ingérence à tous les niveaux:

1-Selon des rapports des Nations unies, de services de renseignements libanais, arabes et occidentaux, une grande partie des armes acheminées aux rebelles syriennes dans le centre de la Syrie et autour de Damas, qui sont les fronts les plus actifs, transitent par le Liban. L'Armée libanaise et les services de sécurité ont saisi d'énormes quantités d'armes de tous calibres destinées aux groupes armés. La saisie la plus importante a été la cargaison de 60 tonnes d'armes et de munitions du cargo Lutfallah 2, en mai 2012. Cet arsenal, en provenance de Libye, devait être déchargé dans le port de Tripoli avant d'être acheminé vers la Syrie.

2-De nombreux rapports de services de renseignements et d'enquêtes journalistiques rapportent que le Liban constitue, avec la Turquie, le point de passage privilégié d'extrémistes du monde entier (venus de 29 pays, selon un rapport des Nations unies), qui vont combattre dans les rangs des rebelles syriens. Au Liban, ces volontaires sont pris en charge, hébergés et transportés par des partis politiques libanais, comme le Courant du futur et d'autres groupes extrémistes basés dans le Nord et dans certains camps palestiniens.

3-Pendant des mois, le 14-Mars a mené une campagne contre l'Armée libanaise pour la contraindre à relâcher sa vigilance et à faire profil bas au Liban-Nord. Cette tactique visait à transformer cette région en sanctuaire pour les rebelles syriens. Effectivement, des camps d'entrainement ont été installés dans des régions reculées du Akkar et de Wadi Khaled; des villages ont été transformés en bases-arrière ou bases de repli pour les extrémistes syriens; un hôpital de Tripoli a été mis à la disposition des rebelles pour y soigner leurs blessés. Des milliers de combattants ont été traités dans cet établissement et dans d'autres hôpitaux de la Békaa-Ouest, de Chtaura et de Baalbeck.

4-Des combattants libanais ou palestiniens du Liban, membres de groupes extrémistes, se battent en Syrie aux côtés des rebelles. Ils sont plusieurs centaines, selon des sources sûres. Quatorze d'entre eux, envoyés par le cheikh salafiste Daï al-Islam al-Chahhal, ont été tués dans une embuscade en territoire syrien près de Tall Kalakh, en novembre 2012. Cet incident a fait la Une des journaux à cause du bilan élevé. Mais des dizaines d'autres libanais sont morts au combat dans des régions syriennes.

5-Les médias libanais ont révélé, enregistrements sonores à l'appui, que le député Okab Sakr a été chargé par le chef du Courant du futur, Saad Hariri, de financer et d'armer les rebelles. M. Sakr a quitté le Liban depuis deux ans et se déplace entre la Belgique et Istanbul, pour organiser la logistique et les livraisons d'armes et d'argent. 


6-Un vaste réseau de médias libanais, composé de journaux, radios, télévisions et sites internet, s'active pour relayer une information favorable aux rebelles et hostile au gouvernement syrien. Il constitue un des maillons les plus importants d'un network planétaire chargé de la propagande.

7-Des dizaines de rebelles syriens arrêtés au Liban en possession d'armes ou d'autres interdits sont très vite remis en liberté après l'intervention de hautes autorités politiques, qui se sont engagées auprès des pays occidentaux à faciliter les mouvements de l'opposition syrienne au Liban, en violation de tous les accords de coopération bilatéraux signés entre les deux pays.

En deux mots comme en mille, le Liban est carrément le front arrière de la rébellion syrienne... et ce depuis deux ans.

Lorsque sayed Hassan Nasrallah annonce que le parti combat en Syrie, toutes ces personnes et partis politiques, impliqués jusqu'au cou depuis deux ans, s'indignent et accusent le Hezbollah d'entrainer le Liban vers une catastrophe.

Pourtant, l'intervention du Hezbollah est parfaitement justifiée. D'abord, par le devoir de protéger les quelque 30000 libanais vivant à l'ouest de l'Oronte, en territoire syrien. S'ils avaient été abandonnés à leur sort, ils auraient été contraints de quitter leurs villages à cause des attaques rebelles.

Mais ces dernières semaines, le Hezbollah a décidé de s'impliquer davantage pour les raisons suivantes:

1-Les groupes extrémistes projetaient d'instaurer une ceinture frontalière sous leur contrôle total, jouissant d'une profondeur géographique vers Ersal et Wadi Khaled, après avoir pris le contrôle des villages de Libanais dans la campagne de Qoussair, et poussé leurs habitants à l'exode. Cela aurait abouti à la fermeture du passage terrestre vers Homs et aurait mis toute la Békaa libanaise à la merci des extrémistes.
2-Les rebelles ont tenté de prendre l'aéroport de Damas et la route qui y mène.
3-«Israël» est directement intervenu dans le conflit en bombardant Damas et ses environs pour, selon ses dires, couper le ravitaillement de la Résistance au Liban.

Dès lors, il est devenu clair pour le Hezbollah que l'action militaire des rebelles, sans doute conseillés par des experts occidentaux, visait à resserrer l'étau progressivement autour de la résistance, qui se trouverait pratiquement encerclée. 


La Résistance a donc décidé de réagir pour faire échec à ce plan. Sayed Nasrallah en a expliqué les raisons dans son discours du 25 mai. «Une partie de l'opposition syrienne souhaite le dialogue, mais une autre partie travaille pour le compte des renseignements américains et israéliens», a-t-il dit avant de poursuivre. «La montée de ces mouvements radicaux ne constituent pas uniquement une menace pour les chiites au Liban, mais pour tous les Libanais, qu'ils soient musulmans ou chrétiens. La Syrie représente un soutien essentiel à la résistance. La Syrie, c'est la protection arrière de la résistance, le support de la résistance. La résistance ne peut rester les bras croisés quand sa protection arrière est exposée et quand son support se brise. Si nous n'agissons pas, nous sommes des idiots. Si le régime de Bachar el-Assad tombe, la résistance sera affaiblie, ce qui permettra à Israël de contrôler le Liban et ce qui signera la fin des mouvements de résistance en Palestine».

Le leader de la Résistance a été transparent et sincère. Ses détracteurs et ses ennemis peuvent-ils en dire autant d'eux-mêmes?

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