jeudi 14 mars 2013

Hommage de Jean Marc Desanti à Claude Corvassi

Source : http://www.mecanopolis.org/?p=27421

Jean Marc Desanti était pour Claude comme une sorte de « frère ennemi » qui luttait dans un autre camp… dans l’autre camp !
Cependant avec le temps et les années qui passèrent à échanger des contacts, des infos mais aussi de nombreuses conversations écrites ou orales, se développa peu a peu une sorte d’amitié voir de complicité pleine de respect l’un envers l’autre.
Un respect qui transparait dans cet hommage de Jean Marc que nous plaçons ici.


Claude Covassi. Mon Tintin suisse.
In Memoriam
« Dès ma première enfance, une flèche de la douleur s’est plantée dans mon cœur. Tant qu’elle y reste, je suis ironique – si on l’arrache, je meurs. » ( Sören Kierkegaard )
Mon cher Claude,
Tu es mort depuis une semaine, et à l’heure où j’écris ces lignes, ta famille même, est toujours dans l’ignorance quant aux circonstances de ton décès, des conclusions de la médecine légale et de l’enquête judiciaire en cours.
Tu as utilisé tes sept vies de chat mais ton persan est toujours là, lui, et peut-être t’es-tu déjà réincarné en sa grâce. Par un caprice de la destinée, tu n’atteindras pas tes 43 ans le 19 mars. Tu n’aimais pas les choses finies, carrées. Tu n’aimais pas clore. Tu voulais aller voir. Tu voulais savoir. Je te vois en Argovie, joli petit garçon, passionné par les aventures de Tintin et te disant que ce bonhomme lunaire, décidément, méritait bien que l’on suive son exemple.
Tu es devenu le Tintin suisse, la plus belle chose que la confédération possédait. Comme notre héros, tu étais patriote mais tu savais déjà que le temps des nations s’effritait et que ton existence en payerait, tôt ou tard le prix le plus lourd. Tu n’étais pas un ange mon ami, malgré ta gueule de chérubin qui ces derniers temps se muait en moine ascétique. Notre admiration partagée pour les trappistes de Tibhirine et les soufis façonnait ta face en une beauté grave promise au sacrifice. A quel moment le petit Claude devint-il Clovis ? A quel moment ton Tintin décida-t-il d’entrer dans la mêlée de l’Histoire ?
Était-ce à l’été 2002 où tu travaillais avec la brigade des stups à démanteler un trafic de drogue entre la Suisse et l’Espagne ?
Était-ce ce 14 janvier 2004 dans un fameux salon de thé genevois où ton officier traitant écrivit dans son rapport :
« Affichant mon intérêt pour la démarche de Claude Covassi ,j’ai tout de même préféré tenir un discours tendant à freiner son enthousiasme, le mettant en garde devant les difficultés et les dangers. Il veut se rendre utile pour la patrie, il semble donc intéressant d’exploiter cette opportunité qui, à moyen terme, et si les accointances avec le milieu islamique se renforcent, pourra nous rapporter des informations … ».
Le savait-il alors, ce partisan des intrigues policières, que ta désinvolture apparente , ta passion « des visages immobiles » empruntés à Raymond Abellio que tu chérissais, cachaient déjà des fièvres débordantes pour la justice et l’aventure. Ce que nous savons, toi et moi , c’est que tu infiltras les milieux islamistes mais que tu eus aussi pour Hani Ramadan, à ta première rencontre le 16 mars 2004, une considération certaine.
Pour le reste … Ta conversion à l’Islam ? Claude devenu « le Juste » Adil le 30 avril , jour de la commémoration de la mort d’Oncle Adolf par les abrutis boutonneux, comme tu disais, en même temps qu’il devenait Ménès pour l’opération « Memphis » menée par le SAP ?
Un proverbe arabe chuchote dans une langue que tu aimais « Dis ton secret à ton meilleur ami et tu es un homme blessé, dis ton secret à toi-même et tu es un homme mort. »
Par la suite il y aura ce soir du 3 février 2005 où tu t’envolas pour Damas, via Budapest et ton « flirt » en Syrie avec la DGSE … A ton retour tu ne seras plus le « Ménès » du SAP mais le « Babylone » du SRS … Et les séjours en Afrique et au Moyen-Orient … Puis Las Palmas où le SRS te conseilla « de te faire oublier pendant un moment ». Et puis encore Dakar, Nouakchott, Casablanca et enfin Le Caire … Mais tout n’avait-il pas commencé en 1992 ? Et si tu t’étais vraiment rendu à Travnik et Teslic en Bosnie ? Et si une roquette avait déchiqueté ton visage ? Et si la chirurgie reconstructrice n’avait pu te guérir, mon petit frère, de ces fameux « visages immobiles » ?
La réponse, nous la connaissons, toi et moi, elle se trouve dans le site Mecanopolis, avec ses 12000 visiteurs uniques par jour, que tu créas avec tes doubles, tes vieux fantômes, tes seuls confidents : Spencer et Frédéric. Tu t’y montras un farouche combattant de la lutte contre le « mondialisme » parce que, pensais-tu, ton Tintin aurait mené ce combat. Mais qui pouvait comprendre dans ce méchant théâtre d’ombres combien de souffrance et de désespoir tu nourrissais secrètement ?
Tu n’étais pas dupe. Je me souviens des phrases que nous partagions : « Quand on a mal , à l’intérieur on se tait mais à l’extérieur on gueule … ».
Je me souviens de nos rendez-vous manqués et de la surprise, vieux farceur, que tu me fis un jour et dont tu me demandas d’en taire à jamais le déroulement. Tu avais mal au monde mon camarade, tu n’as jamais cru un instant que tes grandes compétences acquises en krav-maga avec Philippe Kaddoush, ancien officier de Tsahal te sauveraient. Pas un seul instant. Tu savais que l’échéance approchait. Elle était inévitable dans sa jeunesse et sa brutalité. Je sais que quand tu la vis dans les yeux, ton effroi fit rapidement place à ce que tu recherchas toute ta vie : la sagesse de l’acceptation qui n’est en rien une résignation . Mon frère en dieu , tu me précèdes en Tibhirine.
Un dernier coup te fut porté par un journaliste inspiré par des malfaisants putrides qui n’auront pas ton courage aux dernières heures. Tu m’écrivis ceci et je te demande de pardonner cette petite trahison toi qui disais : « il y a une chose pour laquelle nous ne connaissons point de pardon : la trahison ».
« Ma poule, Je ne décolère pas de cet article du quotidien  » Le Temps « . Me traiter d’antisémite, moi qui suis judéophile, avec une grand-mère maternelle d’origine juive. Même pendant l’affaire Ramadan, je ne me suis pas senti aussi insulté. Je vais répondre, calmement, mais je vais répondre à ces odieuses attaques qui voudraient me faire passer pour ce que je ne suis pas.
Après une semaine de recherches, je sais ce soir qui sont les commanditaires de cet article putassier. Moi qui suis le neveu de Laszlo Kovacks, juif hongrois, dont le nom fut italianisé en « Covassi » par le clown génocidaire Mussolini ; moi qui suis le petit fils maternel de Rachel Hollenweg, juive d’origine hollandaise, dont la famille – MA FAMILLE – a été réduite en cendre à Buchenwald ; moi qui ai collaboré avec l’ensemble des services de sécurité helvétique, de la Fedpol en passant par le SAP et le SRS ; je vais piétiner leurs 10 générations antérieures et les 10 à venir, les réduire à néant, les renvoyer à la jungle dont ils n’auraient jamais dû sortir – ces minables fonctionnaires suisses opportunistes de merde, arracheurs de dents de cadavres juifs, pour fonder leurs banques, leur économie et leur très éphémères succès.
Je ne me souviens pas d’avoir juré quoique ce soit dans ma vie, mais je jure ce soir – je le jure sur ma vie – que je n’aurai plus d’autres objectifs que de renvoyer ces porcs de l’enfer dont ils n’auraient jamais dû sortir. C’est une bataille qu’ils pensent me livrer, c’est une guerre qu’ils auront. Je vais y mettre toute mon énergie, tous les réseaux que j’ai bâtis depuis 17 ans – tous sans exceptions – . Et, peu importe le prix à payer, ils ne s’en relèveront pas. Ils voulaient un ennemi, ils l’ont. Je sais que tu n’aimes pas les accents guerriers, mais là toutes les limites sont dépassées … Je ne suis pas fou tu sais. J’ai croisé des gens ennuyeux, des gens furieux, des menteurs, des voleurs, etc… Mais pas de fous. Je suis, simplement, terriblement angoissé, de nature et peu aidé par l’expérience. Je pense surtout que, d’une manière ou d’une autre, mes jours sont comptés, et que je n’ai plus envie d’être gentil. L’ennemi ontologique, c’est évidemment les USA. Mais tu avais compris toi. Je suis en fait tellement bon que ça en devient une faiblesse. »
Comprenne qui voudra. Tu aimais citer ce passage d’Eluard.
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Jean Marc Desanti

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