lundi 25 février 2013

Académie géostratégique Paris : La Syrie, un défi aux tentacules mondiaux

Source : http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=98559&cid=19&fromval=1&frid=19&seccatid=26&s1=1


 L’Académie de Géopolitique de Paris, corps d'analyses des grandes questions géopolitiques du monde d’aujourd’hui, a organisé le mercredi 20 février 2013, un colloque intitulé « Crise en Syrie : défi à la diplomatie mondiale » à l’Assemblée Nationale.
Des intervenants de renoms se sont donc, cinq heures durant, attardés sur les différents aspects et les nombreuses implications sur la scène syrienne.
Profiter d'une revendication pour semer le chaos
Monsieur Ali Rabsteen, président de l'Académie, a ouvert la conférence en mettant en exergue un conflit sanglant et multiforme en Syrie qui n'est que la conséquence d'un système néo colonial où des forces étrangères s'y battent afin de s'assurer de la main mise sur la richesse du sous-sol syrien (eau, gaz, pétrole etc).
Il n'a pas nié non plus la volonté légitime d'un peuple à vouloir réformer un régime à l'instar des autres révolutions qui aspiraient à la démocratie, aux élections libres, à la liberté des médias, à la liberté de la pensée, de la croyance et de la religion, à l’égalité entre hommes et femmes, à la fin de la corruption et à la souveraineté nationale. Mais selon l'orateur, tout cela est tombé sous le coup des convoitises étrangères qui profitent d'une revendication pure pour créer un chaos généralisé. Leur stratégie s’inscrit dans un jeu géopolitique multiforme extrêmement dangereux dans lequel déjà, plus de 90 000 personnes auraient péri, et plus d’un million sont déplacés.
Le président de l'Académie conclut en rappelant la force et la nécessité d'un recours diplomatique.

« Quels scénarios géopolitiques ? »
La deuxième intervention était celle du Recteur Gérard-François DUMONT Professeur à l’Université Paris-Sorbonne et Président de la revue Population & Avenir .
Pour lui, les conflits communautaires et confessionnels démontrent que la crise est bien plus grave et persistante que dans les autres pays où des révolutions se sont déclarées.
A ce sujet, il a rappelé l'existence de la prétendue Fatwa du dénommé Ben Tanmia qui faisait du génocide alaouite une bénédiction divine.
Enfin, d'insister sur la prise en compte nécessaire de l’ensemble des paramètres, nationaux, régionaux et internationaux, du conflit.

« Le jeu sino-russe »
L'ancien Secrétaire général de la Défense nationale et Conseiller de trois ministres, le général Henri Paris, a mis en avant une réalité qui n'est plus un secret pour personne : « Derrière les factions se dessinent deux camps ».
Il y a, d'un côté, le bloc occidental avec à sa tête les Etats-unis soutenus par la Ligue arabe et le Qatar, qui travaillent à la chute d'Al-Assad et à la disparition de son allié majeur dans la région, l'Iran.
De l'autre nous avons, la Russie et la Chine qui soutiennent selon lui, le modèle syrien, un modèle laïque et « anti islamisme ».
Ces deux puissances sont par principes contre tout interventionnisme et se placent ainsi en porte à faux face aux agressions ouvertes du bloc occidental.
L'orateur n'a pas non plus nié un besoin vital pour la Chine, d'accroître son PIB en 2013 car il en va de sa sécurité intérieure. Sachant que l'importation en énergie représente près de 60 %, on comprend aisément l'intérêt tout particulier que Pékin porte à la Syrie.


Vers l'abîme
De son côté, Natalia Narotchnitskaïa, présidente de l'Institut de la démocratie et de la coopération à Paris et Présidente de la Fondation pour la Perspective Historique à Moscou, nous affirme d’abord que le chaos syrien est entrain de mener inéluctablement vers l'abîme, dans la région mais aussi en Europe, et tout particulièrement en France.
Pour cette ancienne députée, la majorité de la population syrienne n'appuie pas cette guerre civile. Les classes moyennes, les classes «éduquées », savent que les islamistes s'apprêtent à faire marche arrière sur tous les acquis déjà obtenus avec Al Assad.
Et de s'inquiéter d'un bouleversement de la configuration du monde arabe, avec l'apparition probable d'une mozaïque de petits états indépendants.
Pour Madame Narotchnitskaïa, l'erreur fondamentale de l'Europe provient de son manque, voir de son esquive d'analyse profonde de conséquences du « printemps arabe ». Et de faire un parallèle avec la doctrine Mussolinienne de « Mare nostrum » que semble vouloir faire renaître les puissance de l'Ouest.
Rappelant que les zones de conflits mondiaux sont, pour leur très grande majorité des mines d'or en matière d'hydrocarbures, elle dénonce le sabordage du droit international fondé sur la souveraineté des états. Citant Roland Dumas, elle poursuit : « Fut un temps, l'Europe refusait de mettre en pâture ses grandes valeurs en matière de politique étrangère ».
Et de terminer en remarquant qu’il serait regrettable que l'immense potentiel de la région méditerranéenne ne serve ni à faire croître l'économie de l'Europe, ni à lui permettre de jouer un rôle dans la configuration géopolitique du 21e siècle.

L'empire financier derrière le chaos
Jacques Cheminade, fondateur du Parti politique Solidarité et Progrès, n’hésite pas quand à lui à mettre en cause les empires financiers de Wall Street aux Etats-unis et de la City en Grande Bretagne.
Dénonçant le côté « schizophrène » de la France qui se place entre son idéologie républicaine qui met l’économie au service de l'Etat et la pensée affairiste de Londres, il s'inquiète de cette nouvelle ingérence décomplexée aux raisonnances très élogieuses : «responsabilité de protéger ».
Pour lui la seule solution, à l'instar des autres intervenants, c'est « de mettre les couteaux au vestiaire » et chercher un consentement mutuel et surtout de changer l'ordre monétaire mondial qui puisse s'opposer aux intérêts de Wall Street et de la City.
Témoignage de la situation militaire en Syrie
Le colonel Alain Corvez, ancien conseiller du général commandant la Force des Nations Unis au Sud Liban s'est réjoui de l'accord trouvé entre la Russie et les Etats Unis qui font s'accroître les chances d'un règlement pacifique entre les différentes parties du conflit.
Selon l'intervenant, qui citait des spécialistes, ce n'est pas parce qu'ils sont entre 250 000 et 350 000 insurgés dont plus d'un tiers seraient des mercenaires étrangers, que le régime de Bachar al-Assad est en danger.
Bien au contraire, il serait en voie d'éliminer peu à peu cette opposition.
De plus, la multiplication des exactions barbares pratiquer sur le peuple amène de nombreux syriens autrefois hostiles au régime à se rallier à l'armée syrienne.

Incontournables résistance
 De nombreux autres intervenants ont ainsi participé à ce colloque mais nous terminerons par l'intervention de Bassam Tahhan, islamologue et professeur de géostratégie à l'Ensta.
Selon lui, depuis de très nombreuses années, la Syrie est considérée par l'Occident comme un berceau des mouvements de contestations.
Ce qui bien entendu engendre aujourd'hui, dans un monde où l'économie va au plus mal, une volonté de l'Ouest de pouvoir maîtriser d'une manière ou d'une autre ce territoire « rebelle ».
Et Tahhan de poursuivre: « La grande Syrie a été détruite, il faut maintenant anéantir la petite».
Il n'a pas non plus épargné le Qatar et l'Arabie Saoudite qui veulent, de part la présence massive d'insurgés islamistes retrouver une force dans ce pays jusqu'ici très fortement attaché aux valeurs laïques.
Ils a aussi soulevé un volet jusqu'alors très peu relaté dans le colloque : « Israël ». Contrairement à ses nombreux voisins, la Syrie n'a toujours pas signé de traité de paix avec l'entité sioniste, soutient les résistances de Palestine et du Liban et refuse une paix au rabais. Le démantèlement de cet « ennemi syrien » n'est autre que le bienvenu.
Pour le professeur, qui rejoint ainsi ses prédécesseurs, la Syrie, de par son histoire de résistance, de par ses alliances et son attachement pan arabe et son système financier qui fait face à la crise économique mondiale, saura sortir vainqueur du complot qui l’entoure. A bon entendeur, salut.

Eline Briant

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