dimanche 13 janvier 2013

Le mirage de Taftanaz

Source: http://www.infosyrie.fr/actualite/le-mirage-de-taftanaz/



À Taftanaz, l’armée a laissé derrière elle quelques hélicos, inutilisables par les rebelles. Ceux-ci ont remporté un succès médiatique, lui aussi inutilisable militairement…

Rien de bien nouveau ni de fondamental n’est sorti de la réunion à Genève des responsables diplomatiques russe – Mikhaïl Bogdanov – américain – William Burns – et onusien – Lakhdar Brahimi. Un communiqué russe insiste sur la nécessité de mettre fin à l’effusion de sang et de faire parvenir une aide humanitaire aux populations. Et renouvelle sa confiance à Brahimi, et rappelle la nécessité de parvenir à une solution politique de la crise dans le respect des principes et modalités définis par le communiqué final de la conférence de Genève du groupe dit ‘ »d’action pour la Syrie« , associant Russes et Occidentaux, le 30 juin dernier. Brahimi a eu cette phrase qui donne le ton : « Si vous me demandez si une solution est au coin de la rue, je ne suis pas sûr que ce soit la cas« .
Bref, c’est le statu-quo diplomatique, avec avantage à la Russie, qui a durablement imposé, semble-t-il, ses principes : pas d’ingérence, militaire ou diplomatique, extérieure, processus politique intégrant le gouvernement en place, pas de remise en cause du président Bachar al-Assad. Pour le reste, tout le monde affecte de soutenir un processus de négociation auquel personne ne croit vraiment, chacun attendant de voir comment évolue la situation militaire.

Rappel : Taftanaz n’est ni Alep ni Damas
Ces dernières 24 heures, celle-ci a été dominée par l’annonce par les rebelles djihadistes de la prise totale de la base aérienne de Taftanaz, au nord-est d’Idleb. Il y a nombre d’incertitudes, sur les effectifs de l’armée affectés à la défense de l’aérodrome, sur le matériel capturé par les rebelles, notamment sur le nombre et l’état des hélicoptères laissés sur place.. Il y a incertitude sur la tactique même de l’armée syrienne dans cette affaire, certains estimant que celle-ci a évacué à dessein la base, pour y attirer un nombre conséquent de rebelles et les anéantir ensuite par une contre-attaque. Un procédé utilisé avec succès dans la périphérie de Damas, à la fin de l’année dernière.
On croit savoir que les insurgés de Taftanaz étaient autour de 700, relevant de trois groupes rivaux en extrémisme, le Front al-Nosra, Ahrar al-Cham et Taliaa el-Islamiya. Et R.A. Rahmane, patron de l’OSDH, indique que cette attaque n’a pas été foudroyante au point que l’armée n’ait pu évacuer vers Idleb « un grand nombre de véhicules militaires« . Et que l’aviation et l’artillerie syriennes pilonnent depuis  hier les bâtiments et positions rebelles de Taftanaz.
À partir de là, prenons un peu de perspective, et disons que…
-L’expérience de cette guerre montre que les rebelles doublent leurs opérations militaires d’opérations médiatiques, opérations facilitées par la complaisance des médias occidentaux. Le titre de l’article du quotidien libanais pro-Hariri et anti-syrien L’Orient Le Jour, « Très gros acquis dans l’escarcelle des rebelles : l’aéroport de Taftanaz » est très « représentatif » à cet égard.
-Or, l’expérience montre aussi que nombre de ces « acquis » militaires des insurgés ne sont pas acquis justement. Ceux-ci, à Maarat al-Numan, Alep, et dans la périphérie de Damas n’ont pu conserver leurs positions face aux contre-offensives de l’armée. Et à Taftanaz, proche de l’importante ville d’Idleb, il y aura évidemment une contre-attaque. Par ailleurs Taftanaz n’est pas la seule base, aérienne ou terrestre, de l’armée dans cette région. On pense notamment à celle de Wadi Deif, près de Maarat, que les rebelles n’ont jamais pu prendre, en dépit de leurs communiqués martiaux et d’attaques répétées.
-Surtout, un succès local – à supposer même qu’il ne soit pas en fait un piège tendu aux rebelles – n’est pas une victoire stratégique. En clair, ce n’est pas parce que quelques centaines de fanatiques ont réalisé une avancée à Taftanaz, qu’ils ont les moyens de s’emparer d’Idleb. Et Taftanaz n’est évidemment la clef d’Alep ni de Damas. Il y a de la part des médias un irréalisme militaire, qui n’est que la conséquence de leur obsession politique : depuis une vingtaine de mois, ils espèrent – au point d’anticiper, le plus souvent – la percée militaire des bandes, et la capture de la moindre guérite ou poste de contrôle de l’armée est présentée par eux comme un coup décisif porté au régime syrien. C’est du « au jour le jour » dans la fausse nouvelle de fausses victoires. Nos médias au fond sont dans le registre de l’hystérie sur la Syrie. Au fait, cette prise de Taftanaz – qui risque d’être très provisoire-  est bien le premier succès notable dont peut se prévaloir depuis des mois la rébellion, qui a été battue ou bloquée sur tous les autres fronts.
Sur les autres fronts Sana rend compte d’affrontements dans la périphérie de Damas (Harasta et Daraya), à Maarat al-Numan et à Antareb (dans la campagne à l’ouest d’Alep). Une morne routine militaire qui se traduit à chaque fois par des pertes en hommes et matériel pour les insurgés : dans son bulletin concernant la journée du vendredi 11 janvier, l’agence officielle syrienne communique les noms de 15 rebelles abattus – et publie même des photos de cadavres de combattants, ce qui n’est pas dans ses habitudes ; 15 rebelles qui ne sont qu’un partie du bilan de opérations des dernières 24 heures. Tous les jours, l’insurrection est saignée. Et tandis que nous écrivons cet article, les « vainqueurs » de Taftanaz sont décimés par les bombes, roquettes et obus dans leur inutile conquête – inutile car ils n’ont à l’évidence aucun hélico ni jet à faire décoller contre l’armée.

Une victoire à la Pyrrhus, politiquement
Un dernier point, et non le moindre, plus politique celui-là : le succès rebelle de Taftanaz est un succès djihadiste. Ce type de succès plombe politiquement l’opposition à Bachar al-Assad, car bien évidemment, et en dépit des affabulations de certains journalistes français, le Front al-Nosra ou Ahrar al-Cham ne peuvent, ni par leurs méthodes, ni leur projet, représenter le moindre espoir, incarner la moindre perspective politique sérieuse pour le peuple syrien. Nous avons déjà écrit ici que la prise de contrôle de l’insurrection syrienne par les fous de Dieu disciples de Ben Laden constituait un atout pour le gouvernement syrien. Même vainqueur à Taftanaz (pour le quart d’heure) les djihadistes demeurent des repoussoirs, des épouvantails sanglants pour les Syriens. Quand ces gens-là gagnent, la « révolution » syrienne made in Qatar perd. En ce sens la « victoire » de Taftanaz est bien un mirage syrien.
Pour le reste on verra si la semaine prochaine, les hommes au drapeau noir plastronnent encore sur l’aéroport de Taftanaz…


Rebelles abattus ces dernières 24 heures, peut-être dans la périphérie de Damas…

Pour eux la guerre (sainte) est terminée : chaque jour ils sont des dizaines à tomber. C’est vrai à Taftanaz comme à Damas, Alep, Maarat al-Numan ou Deir Ezzor

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