jeudi 3 janvier 2013

Idleb, Alep : l’armée frappe les insurgés « à domicile »

Source: http://www.infosyrie.fr/actualite/idleb-alep-larmee-frappe-les-insurges-a-domicile/
http://www.infosyrie.fr/actualite/idleb-alep-larmee-frappe-les-insurges-a-domicile/


Idleb, Alep : l’armée frappe les insurgés « à domicile »

Par Louis Denghien, 

  



Dans son bulletin militaire  de mercredi matin, l’agence de presse officielle syrienne Sana rend compte d’opérations militaires menées mardi dans le gouvernorat d’Alep. (Sanglante) routine nous direz vous. Mais ce sont certains noms de localités cités dans le bulletin qui retiennent particulièrement note attention. Sana, en effet, parle d’une « opération » menée par l’armée « contre deux repaires de gangs terroristes appartenant au front de Nosra relevant d’al-Qaïda » ; cette opération est intervenue dans la localité de Mareh, et elle s’est accompagnée de la destruction de neuf véhicules rebelles sur la route Azaz/Mareh.
L’armée « s’invite » régulièrement dans les bastions insurgés
Or, où se trouve Mareh ? À une bonne trentaine de kilomètres au nord d’Alep, au beau milieu de cette zone frontalière avec la Turquie, bastion de la rébellion depuis des mois. Sana évoque aussi une intervention à Azaz. Azaz, une ville moyenne située elle à environ une quarantaine de kilomètres au nord d’Alep (et à une vingtaine au nord-ouest de Mareh), sur la route de la Turquie, dont la frontière ne se situe qu’à 5 kilomètres à peine d’Azaz. Ceci semble prouver que l’armée est donc capable de frapper en plein coeur de la zone insurgée, à proximité de la frontière turque. Voici quelques jours, des sources – gouvernementales il est vrai – faisaient état du nettoyage de la localité de Kaljibrin, à mi-distance d’Azaz et de Mareh.
On peut dire que Sana est la voix du gouvernement syrien, que ses bilans et communiqués pèchent par excès de triomphalisme. Peut-être. Mais si l’on a des doutes sur le bilan militaire annoncé de ces « opérations spécifiques » de l’armée et des « services compétents », on ne peut en revanche dire que l’agence syrienne invente des combats et des opérations. L’armée syrienne est donc en mesure de frapper les rebelles, au sol, dans un secteur considéré par ceux-ci comme leur chasse gardée. Plus bas, l’armée attaque régulièrement les localités de Hreytane et d’Anadan, situées sur la route de la Turquie, à la sortie nord-ouest d’Alep, et à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Mareh.
On peut rapprocher ces indications – partielles c’est vrai – de celles fournies aujourd’hui par l’OSDH pour le secteur d’Idleb. L’officine de propagande pro-opposition évoque de « violents combats » (expression usuelle) autour de l’aéroport militaire de Taftanaz, tenu par les forces gouvernementales. Ce n’est pas la première fois que le nom de Taftanaz revient dans les dépêches ; il faut savoir que la localité est située sur la route Idleb/Alep, et à une quinzaine de kilomètres au nord-est d’Idleb. L’OSDH annonce aussi des bombardements par hélicoptères sur la ville de Binnish (entre Idleb et Taftanaz). Tout ceci confirme que les force gouvernementales sont également présentes – au sol ou dans les airs – dans cet autre secteur plus ou moins contrôlé par la rébellion, et limitrophe de la province d’Alep. Nous écrivons « plus ou moins » car, voici une dizaine de jours, le patron de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, interrogé par l’hebdo français Le Point, reconnaissait que l’armée et le gouvernement contrôlaient Idleb, capitale régionale (voir notre article « Scoop : l’OSDH dénonce la désinformation de l’OSDH, et le Point les méthodes de ses confrères », mis en ligne le 21 décembre 2012).
Dans cette intense guerre de communiqués qui double, en quelque sorte, la guerre de terrain, il faut savoir décrypter, lire entre les lignes, remarquer ce dont on parle et ce dont, au contraire, on ne parle plus. Le silence soudain de l’OSDH sur tel ou tel secteur du front – on pense ici à l’ »offensive victorieuse » de Maarat al-Numan déclenchée à grands sons de trompes par les rebelles début octobre – peut être aussi éloquent que ses communiqués. On pourrait souhaiter aussi que Sana soit plus précise, ou donne des vues d’ensemble de la situation militaire dans tel ou tel secteur. De ce que nous venons de lire ce matin, dans deux agences de presse radicalement opposées, on peut néanmoins déduire que l’emprise des insurgés sur la région nord du pays, la zone-frontière avec la Turquie, n’est pas aussi importante et définitive que nous le racontent les médias militants d’ici. Encore ne savons nous pas grand chose des opérations et positions, dans cette même région, des milices kurdes du PYD, en guerre ouverte contre les bandes islamistes.
La guerre n’est certes pas encore gagnée dans ce secteur adossé au sanctuaire turc : on évoque aujourd’hui la fermeture de l’aéroport international d’Alep, pour des raisons de sécurité. Et Sana parle de terroristes abattus dans trois ou quatre quartiers de la partie de la ville encore infectée par l’insurrection, et d’opérations à l’est de la ville, près de l’aéroport. Mais constatons qu’il n’y a plus depuis longtemps, dans les communiqués de la rébellion ou de l’OSDH, la moindre trace d’une « bataille d’Alep« . Et qu’autour de la ville, l’armée frappe tous les jours. Il n’y a donc pas de trace tangible de cette irrésistible « progression » des rebelles dont nous entretiennent ces dernières semaines, via le plus souvent l’AFP et l’OSDH, les grands médias français. La seule chose qui progresse vraiment, dans ce même secteur, c’est la radicalité des bandes islamistes. Mais cette progression là n’est pas annonciatrice de lendemains qui chantent pour la soi disant révolution syrienne.

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