mercredi 21 décembre 2011

Poutine a-t-il vraiment perdu les élections russes ?

Source : www.geostrategie.com


De loin, la meilleure analyse des élections russes. Même si nous ne partageons que modérément l’optimisme de son auteur…
Des urnes s’est dégagé un vote de volonté de puissance
Alors qu’ils adorent Gorbatchev, qui n’a plus aucune audience en Russie, les médias français détestent Vladimir Poutine. Il est, pour l’idéologie médiatique, trop russe, trop autoritaire et sans doute aussi, inconsciemment, trop blanc. Sa synthèse des énergies historiques russes, incluant l’héritage tsariste et stalinien, est aussi répréhensible qu’incompréhensible pour ceux qui instrumentalisent de façon totalement manichéenne les fractures nationales de l’histoire. L’ancien du KGB est, certes, un personnage plus qu’ambigu, mais ses efforts pour rétablir une fierté russe sont incontestables. Incontestable également le caractère autoritaire de l’homme et de son régime.
Quand on regarde les résultats électoraux, on ne peut nier que le parti du futur président, mené au combat électoral par le futur Premier ministre, a connu un revers. Avec 49,5% des voix, Russie Unie, arrive bien en tête et conserve la majorité des sièges à la Douma (parlement). Mais, il recule de 14 points par rapport au scrutin de 2007 où il avait obtenu 64% des suffrages.
Trois autres partis progressent. Le Parti communiste se place en deuxième position avec 19% (contre 11,6% en 2007). Arrivent ensuite le Parti Libéral-démocrate (nationaliste) du leader populiste Vladimir Jirinovski avec 12% (contre 8,1% en 2007) et Russie Juste, avec 13% (7,7% précédemment). Aucun autre parti ne franchit le seuil des 7%, nécessaire pour être représenté à la Douma. Au Parlement, Russie Unie bénéficiera d’une légère majorité en sièges avec 238 élus sur 450. Les communistes en obtiennent 92 ; Russie Juste, 64 ; les ultra nationalistes 56.
Le message des électeurs est clair; iils veulent un retour de la puissance russe, et cela va du rouge vif au brun foncé. Russie unie a peut être bourré les urnes, mais le vote va dans une unique direction. Quand Poutine dit qu’il va tenir compte de la volonté des Russes, on aurait tort de croire qu’il va « libéraliser » le régime pour complaire aux Occidentaux, comme l’envisagent quelques commentateurs superficiels. Au contraire, le message est « il était temps ». Temps que Poutine revienne au Kremlin et dirige seul le pays. Les Russes veulent un Poutine fort, pour un pays puissant, et pas un Medvedev lisse et complaisant, pour ne pas heurter l’étranger.
Ne pas se tromper de vaincu
L’opposition démocratique existe certes. Elle est dans la rue quand elle peut, et occupe, grâce à la technologie nouvelle et aux soutiens américains, une surface médiatique. Mais, malgré cette ingérence évidente, les démocrates militants sont encore moins représentatifs que les blogueurs égyptiens. Ils sont marginaux et surmédiatisés.
En fait, selon des analystes russes cités par Le Courrier International, Poutine a bien joué en se démarquant d’un parti lié à Medvedev et en perte de vitesse. « Ce résultat en baisse s’explique, entre autres, par l’atmosphère consécutive à la crise, par le fait que le parti n’était pas emmené par Poutine lui-même [c'est Dimitri Medvedev qui était la tête de liste] et par la multiplication des critiques contre Russie Unie, durant la campagne. Mais la raison principale de cette chute est, certainement, que Vladimir Poutine n’avait pas besoin que Russie Unie fasse un score impressionnant », estime le politologue Sergueï Tcherniakhovski.
D’après lui, toutes les lois indispensables ont déjà été adoptées, et c’est sous le mandat de la Douma sortante que Poutine avait besoin de pouvoir provoquer un impeachment, tant que Dmitri Medvedev était président. « Vu le résultat d’aujourd’hui, on se demande ce que pèse Medvedev », poursuit Tcherniakhovski, pour qui Russie Unie l’emportait largement quand Poutine était à la tête du parti.
« Ces législatives remettent en question le destin politique de Medvedev », renchérit le politologue Rostislav Tourovski. Le vice-président du Centre de communication politique, Gueorgui Tchijov, partage cet avis : en cédant la direction du parti à Dmitri Medvedev, Poutine a « bien joué et a évité de se retrouver associé à un parti qui est sur la pente descendante ».
Un message nationaliste
En fait, Poutine sait que le nationalisme est la valeur montante, liée à un rejet des immigrés. C’est ce qui explique la percée du parti de Vladimir Jirinovski, malgré la réputation sulfureuse de ce leader plus que controversé, ridiculisé même depuis des années. Mais toujours là. Il veut rétablir l’empire dans ses frontières soviétiques et rejoint, par les propositions sociales, le parti communiste qui renaît petit à petit de ses cendres. Staline reste l’une des personnalités préférées, malgré ses crimes, reconnues et acceptés des Russes.
Les Russes n’ont pas voté contre Poutine pour plus de démocratie. Ils ont voté pour plus de nationalisme et de grandeur, contre la soft Russie de Medvedev. Voilà le vrai message

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