mercredi 21 décembre 2011

L’OTAN rêve d’une guerre civile en Syrie

Source : www.info-palestine.net


Chaque grain de sable du désert syrien sait désormais qu’on n’invoquera pas la « responsabilité de protéger » pour aller à une intervention, « humanitaire », de l’OTAN afin de provoquer un changement de régime à Damas. Une guerre prolongée comme en Libye n’est pas possible - bien que ces adeptes irréprochables de la démocratie, la Maison des Saoud, aient offert de payer pour cela, et sans compter.
N’empêche que le brouillard d’une guerre proche reste impénétrable. Qu’en est-il de l’OTAN réellement en Syrie ?
Il est déjà établi (voir Guerre de l’ombre en Syrie - 2 décembre 2011) que l’OTAN a mis en place un centre de commandement et de contrôle dans la province du Hatay, dans le sud de la Turquie, où des commandos britanniques et des gens des renseignements français entraînent la douteuse Armée syrienne libre (ASL). Objectif : fomenter une guerre civile engloutissant le nord de la Syrie.
Aujourd’hui il est confirmé, via le site de Sibel Edmonds, cette ancienne dénonciatrice du FBI américain, qu’un mouvement en tenailles pourrait s’opérer, en impliquant la Jordanie (1).
Edmonds cite des sources locales selon lesquelles des « centaines de soldats de langue non arabe » font « la navette... entre la base aérienne du Roi Hussein à al-Mafraq » et les « villages jordaniens attenants à la frontière syrienne ».
Edmonds soutient que rien de tout cela n’est rapporté dans la presse américaine à cause d’un ordre de se taire qui, en théorie, expire ce mardi. Et n’essayez pas d’interroger le roi Abdullah de Jordanie à ce sujet.
La base d’al-Mafraq se trouve pratiquement aux limites de Dar’a (ville du sud-ouest de la Syrie proche des frontières avec la Jordanie, le Liban et Israël). Beaucoup d’actions sont en cours à Dar’a actuellement - un épicentre du mouvement anti-Président Bashar al-Assad. Selon l’agence d’informations syrienne, Sana, des forces de sécurité s’y font tuer régulièrement par des « bandes de terroristes ». Pour les « rebelles », ce sont des transfuges militaires patriotiques qui attaquent les voies d’approvisionnement militaires.
Passons au Plan B
En adoptant ce mouvement en tenailles, l’OTAN en Syrie diversifie désormais activement dans une stratégie des années quatre-vingt-dix en Iraq : soumettre la Syrie à un état de siège prolongé avant finalement d’y aller pour tuer.
Mais, bien que l’OTAN soit prête à invoquer Allah pour qu’il en soit autrement, la Syrie n’est pas la Libye. Elle est beaucoup plus petite et compacte, mais plus peuplée et avec une véritable armée aguerrie. En plus d’être immensément éloignés les uns des autres par l’euro-drame actuel, les Britanniques et la France, ancienne puissance coloniale, ont calculé qu’ils avaient tout à perdre économiquement à se lancer dans la folie d’une guerre conventionnelle.
Quant aux opposants inconditionnels syriens - le Conseil national syrien (CNS) -, c’est une plaisanterie. La plupart sont des Frères musulmans, avec un saupoudrage de Kurdes. Leur dirigeant, Burhan Ghalioun, est un opportuniste en exil à Paris, avec un zéro en crédibilité (pour le Syrien moyen) même si dans une récente interview dans le Wall Street Journal, il a multiplié les incantations pour apaiser le lobby pro-israélien (pas d’autres liens avec l’Iran, pas de soutien au Hezbollah au Liban ni au Hamas à Gaza).
L’ASL revendique 15 000 transfuges de l’armée. Mais elle est contaminée par des mercenaires et un grand nombre de civils syriens marqués comme bandes armées. Le CNS, en théorie, est contre la guérilla. Mais c’est exactement ce que pratique activement l’ASL en attaquant les soldats syriens et les bureaux du parti Baas.
La tactique première du CNS pour l’instant est de vendre à l’opinion occidentale l’idée de la « possibilité » d’un cauchemar du style libyen avec un massacre imminent à Homs. Il n’y en guère à y croire - à part les médias privés habituels, véhéments, douteux. Bien que tous deux soient basés à Istanbul, le Conseil national syrien et l’Armée syrienne libre ne semblent pas parvenir à des actions communes ; ils ressemblent à une version mortelle du film The Three Stooges (Les Trois Larbins).
Puis, il y a la Ligue arabe, désormais contrôlée par les Huit Larbins ; les six monarchies du CCG (Conseil de coopération du Golfe, autrement dit le Club de la Contre-révolution du Golfe), plus les « invités » au CCG, le Maroc et la Jordanie. Ces larbins sont les sous-traitants du Grand Moyen-Orient pour l’OTAN avec des stéroïdes (humanitaires). Personne, pour autant, se demande où se trouvaient ces larbins quand Beyrouth et le sud du Liban étaient démolis en 2006, et quand Gaza était démolie à son tour en 2008, dans les deux cas, par Israël. Les larbins n’osent pas remettre en cause les droits divins de l’axe USA/Israël.
Les tactiques de l’OTAN sont claires comme de l’eau de roche depuis un bon moment déjà. La France, sous le libérateur néo-napoléonien de la Libye, le Président Nicolas Sarkozy, se concentre sur une escalade au turbo-compresseur. En même temps, Paris tente de positionner l’escalade et la percée des Frères musulmans dans tout le monde arabe comme répondant à un intérêt stratégique occidental - comme si elles limitaient l’influence iranienne.
Puis, il y a encore le blocus économique dans la durée - impossible sans la coopération de l’Irak (ce qui n’arrivera pas), du Liban (ce qui n’arrivera pas) et de la Jordanie (ce qui pourrait arriver, mais au détriment de la Jordanie).
Mais ce qui fait saliver l’OTAN c’est vraiment de pousser la Turquie à faire le sale boulot.
Irrémédiablement déchirés comme ils le sont, les pays de l’OTAN - dont les États-Unis - ne peuvent tout simplement pas lancer une nouvelle guerre au Moyen-Orient qui ferait exploser le prix du pétrole. Ce que l’OTAN ne peut mesurer, c’est la possibilité d’une guerre sectaire sunnnite-chiite ré-éclatant en Iraq. Dans ce cas, le seul refuge serait le Kurdistan iraquien. Et cela permettrait de renforcer l’unité des Kurdes - d’Iraq à la Syrie, de la Turquie à l’Iran. La Turquie dans cette affaire aurait d’autres chats à fouetter que de se trouver mêlée dans une guerre en Syrie.
Le double jeu de la Turquie
(JPG)
Le "libérateur" néo-napoléonien de la Libye.
Et pourtant, le grand impondérable dans cet échiquier complexe, c’est la Turquie - comme dans ce qui s’est passé précisément avec sa politique étrangère tant louée du « zéro problème avec nos voisins », élaborée par le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.
Face à l’impuissance de Ryad, et au désarroi du Caire, Ankara semble avoir accaparé le pouvoir de la direction sunnite - ou le rôle de gardien de l’orthodoxie sunnite face aux hérétiques chiites, la plupart venant d’Iran (mais aussi ceux d’’Iraq, les alaouites de Syrie et le Hezbollah).
Dans le même temps, pour plaire à l’OTAN et aux USA, Ankara a permis le déploiement d’une défense antimissile sur son territoire - dirigée pas seulement contre l’Iran mais surtout contre la Russie. Sans parler qu’Ankara nourrit le désir secret - et interdit - de « régler » pour de bon le problème kurde en instaurant une zone autonome sur le territoire syrien.
Et Ankara veut aussi faire de l’argent ; les gagnants en Libye sont les intérêts pétroliers britanniques et français, tandis que les perdants en sont les Italiens et les Turcs. Mais jusqu’ici, la Turquie est aussi perdante, surtout dans la province du Hatay près de la frontière syrienne, avec l’annulation d’un accord de libre-échange entre les deux pays.
Au désespoir de l’Occident, le régime Assad est loin d’être étranglé. Pour contrer cet imposant paquet de sanctions de la Ligue arabe et de la Turquie, le régime a accéléré son commerce avec la Chine - par du troc et en contournant le système financier international.
Pas étonnant que Washington ait choisi l’approche à long terme. Il a renvoyé à Damas son ambassadeur Robert Ford - l’ancien assistant du sinistre déstabilisateur du Nicaragua, John Negroponte, alors qu’il était ambassadeur à Bagdad, et actuel passionné de la contre-révolution de la Maison des Saoud.
Ford va avoir beaucoup de temps pour échanger des courriels avec l’opposition syrienne en totale connivence avec l’ancienne puissance coloniale française. A propos de festival de larbins ; c’en est un celui-là qui va bondir pour tailler sa propre niche dans les annales de l’infamie au Moyen-Orient.


Note :
* Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il a pour titre : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).
Il peut être contacté à l’adresse : pepeasia@yahoo.com

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire