mercredi 21 décembre 2011

La menace israélienne de couper l’eau dans Gaza serait « une complète catastrophe »


Source : 
www.info-palestine.net

« Prendre notre eau n’est pas comme prendre un jouet. L’eau est la vie, ils ne peuvent pas jouer avec nos vies comme ça ! » 
 
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Sur 1,6 million d’habitants, seuls 10% ont accès à l’eau tous les jours - Photo : Abdel Rahim Khatib /APA images
C’est ce qu’a déclaré Maher Najjar, directeur général adjoint du service municipale de gestion des eaux côtières, parlant de la récente menace israélienne de réduire les services d’électricité, d’eau et d’infrastructures dans la bande de Gaza sous occupation.
« Tout sera affecté : boire de l’eau et se laver, les égouts et l’assainissement, les hôpitaux, les écoles et les enfants », a déclaré Ahmed al-Amrain, responsable de la communication à la direction de l’Energie et des Ressources nationales palestiniennes.
La société israélienne d’électricité fournit 60% des besoins de la Bande de Gaza, le tout payé par les taxes douanières palestiniennes perçues par les autorités israéliennes.
Gaza achète de 5% de l’électricité en Egypte et tente de produire elle-même les autres 35% dans l’unique usine électrique de Gaza, qui a été sérieusement endommagée lorsqu’elle a été bombardée par Israël en 2006.
Le 26 Novembre, Danny Ayalon, adjoint au ministre israélien des Affaires étrangères, a menacé de couper l’électricité et l’eau en provenance d’Israël ainsi que tous les liens d’infrastructure qui servent aux 1,6 million d’habitants de la bande de Gaza.
Le véritable sens de la punition collective
« C’est le véritable sens de la punition collective », a déclaré Jaber Wishah du Palestinian Centre for Human Rights. « Les enfants, les femmes, les personnes âgées, les malades, les étudiants, tous sont soumis à cette menace. »
Après les élections démocratiques en 2006 qui ont mis le Hamas au pouvoir, Israël a imposé un blocus de plus en plus sévère sur la bande côtière, ce qui a pour conséquence de priver les Palestiniens de la plupart des biens essentiels et de base, dont des animaux d’élevage, des médicaments, des machines et des pièces de rechange, et le combustible industriel nécessaire à la marche de la station de production d’énergie.
Un chantage absurde
« « Israël n’a cessé de couper l’électricité et de détruire les infrastructures au cours de toutes ces années, mais c’est la première fois qu’ils ont explicitement menacé de tout couper, et en totalité », a déclaré Wishah. « Il est absurde de faire du chantage sur la vie de toute une population à cause de problèmes politiques. »
Et c’est également illégal.
Wishah fait noter qu’Israël continue à occuper militairement et à contrôler la bande de Gaza, malgré le retrait des colons israéliens et des bases militaires en 2005.
Selon le droit international, Israël est responsable du bien-être de la population du territoire assiégé, en veillant notamment à l’approvisionnement en électricité, en eau et en infrastructure opérationnelle.
Par son blocus, Israël a depuis 2007 limité la quantité de carburant et de diesel industriel pouvant entrer dans Gaza, provoquant des pannes de courant quotidiennes dans le territoire sous blocus, durant de huit à 12 heures par jour et interrompant les services de l’eau et de son assainissement, les services de santé et d’éducation.
« Les techniciens des services palestiniens pour l’électricité ont demandé au gouvernement israélien de réparer une ligne importante récemment endommagée, ainsi que la société israélienne d’électricité doit le faire. Mais le gouvernement israélien refuse d’obtempérer », a déclaré Ahmed al-Amrain.
« Le manque d’électricité », dit-il, « va obliger les familles à acheter du diesel pour de petits générateurs dans les maisons, ce qui peut conduire à des accidents graves et à des accidents par brûlures. »
Plus de 100 Palestiniens sont morts en 2009 et au premier trimestre de 2010, a rapporté Oxfam, à cause des incendies ou du monoxyde de carbone causés par les générateurs.
Alors que les générateurs permettent à certaines machines essentielles de fonctionner pendant des pannes de courant, d’autres services, comme les machines à laver le linge, ne peuvent pas fonctionner sur groupes électrogènes. « Il n’y a pas assez de puissance », a déclaré al-Amrain. « Ces générateurs sont uniquement pour les urgences et sont conçus pour fonctionner pendant de courtes périodes, et non en continu. Ils ne sont absolument pas une solution alternative pour l’électricité dans la bande de Gaza. »
« Ce sera une catastrophe si Israël coupe l’électricité. La moitié de la population n’aura plus d’accès à l’eau », a déclaré Maher Najjar.
Actuellement 95% de l’eau des nappes souterraines est imbuvable, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’OMS a détecté des concentrations de nitrates, qu’on croit être cancérigènes, supérieur à 330 milligrammes par litre d’eau, dépassant de loin les 50 mg/litre tolérés.
« Depuis 2000 nous avons établi des plans pour réparer et étendre les projets d’eau à Gaza, mais jusqu’à maintenant, seulement 7 des 100 projets ont été achevés », a déclaré M. Najjar.
Selon Najjar, seulement 10% des 1,6 million d’habitants de la bande de Gaza accèdent à l’eau chaque jour. 40% ont de l’eau tous les deux jours, 40% tous les trois jours, et 10% une fois tous les quatre jours.
« Israël a foré plus de 1000 puits autour de la bande de Gaza pour son propre usage. Ils ont coupé l’écoulement de l’eau avant qu’elle n’atteigne la bande de Gaza », a déclaré M. Najjar.
Alors que la quantité d’eau fournie par Mekorot, la compagnie nationale d’eau d’Israël, couvre seulement 5% des besoins, c’est la menace d’Israël de couper l’électricité et les infrastructures que craignent le plus les habitants de Gaza. « Le chlore est vital pour notre traitement de l’eau. Sans lui, nous ne pouvons pas consommer un verre d’eau », a déclaré M. Najjar.
Les eaux usées non traitées
Déjà, faute d’électricité et faute des installations adéquates pour le traitement de l’eau, jusqu’à 80 millions de litres d’eaux usées brutes ou partiellement traitées sont jetées quotidiennement depuis la bande de Gaza vers la mer environnante.
En 2008, l’Organisation mondiale de la Santé a fait état de niveaux dangereux de bactéries fécales le long d’un tiers de la côte de Gaza. En 2010, les Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) a signalé que la diarrhée sanglante aiguë et l’hépatite virale étaient restées les maladies les plus graves parmi les réfugiés dans la bande de Gaza.
« Nous avons besoin d’électricité pour continuer à pomper les eaux usées venant des habitations jusqu’aux stations d’épuration », a déclaré M. Najjar. « Les générateurs servent de secours pendant les coupures d’électricité, mais sans la fourniture régulière d’électricité, les déchets finiront par inonder les rues. »
En août 2007, un bassin de rétention d’eaux usées dans la ville de Beit Lahiya a débordé, noyant cinq habitants d’un village voisin.
« Je pense que les Israéliens sont sérieux avec leur menace », a déclaré Wishah, « parce qu’ils ne prêtent aucune attention à l’opinion internationale, ni aux lois et conventions internationales, comme les Conventions de Genève, qu’ils ont signées et qui interdisent les punitions collectives. Ils sentent qu’ils sont au-dessus de la loi et au-delà de toute poursuite judiciaire. »

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